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"Menochio", film d'Alberto Fasulo

Alberto Fasulo: " La défaite peut devenir une victoire"

1h
À retrouver dans l'émission

Pour la sortie de son film « Menocchio », en salles le 17 avril, le réalisateur italien nous parle du rapport fondamental entre le regard du spectateur et l'oeuvre cinématographique, d'un cinéma à vocation anthropologique et de la lutte d'un homme accusé d'hérésie.

"Menochio", film d'Alberto Fasulo
"Menochio", film d'Alberto Fasulo Crédits : @Rouge production

L’histoire se déroule en Italie, à la fin du XVIème siècle. Menocchio, meunier têtu et autodidacte d’un petit village perdu des montagnes du Frioul est accusé d’hérésie pour avoir défendu ses idéaux de pauvreté et d’amour. Le film raconte le combat d’un homme contre le pouvoir en place.Alberto Fasulo

"Menochio", film d'Alberto Fasulo
"Menochio", film d'Alberto Fasulo Crédits : @Rouge production

L’étape du casting est fondamentale et c’est l’une des premières choses que j’ai faites lorsque j’ai écrit le film. La grande question était de savoir qui pouvait interpréter ce personnage si important, si monumental. Et donc, pendant l’écriture, j’ai commencé à rencontrer des gens dans les cafés, dans les écoles, dans la rue, c’est comme si je recherchais un ADN. Ca a été un choix heureux, parce que lorsque j’ai rencontré Marcello Martini, j’ai compris que j’avais trouvé un Menocchio possible. Faire un film avec une personne qui n’a jamais fait de théâtre ou de cinéma, et qui plus est, un film qui est axé sur la parole, c’était vraiment un défi important. A partir de cette rencontre a commencé la construction de tout le film.

Mon défi était de raconter le temps présent, mais également de regarder en arrière et de mettre en contact le présent avec une histoire qui date de cinq-cents ans. J’ai relevé ce défi en voulant me focaliser sur le caractère humain de la personne. J’ai donc recherché des caractéristiques chez sa femme, ses enfants, ses amis et les prêtres qui sont contre lui. J’ai composé un tableau humain et ça a été merveilleux de le voir naître. 

J’ai raconté l’histoire d’un homme, pas d’un héros, Menochio  a eu le courage de se renier, d’admettre qu’il avait commis une erreur. Il était convaincu qu’il réussirait à changer le pouvoir, mais le pouvoir n’est pas prêt à changer. La défaite ce n’est pas toujours une perte, elle peut devenir une victoire, tout dépend de la manière dont on l’interprète et dont on l’affronte. C’est de ce raisonnement qu’est née la fin du film.

Pour moi, il est important de raconter la dynamique de la valeur d’une parole, parce qu’aujourd’hui un mot peut être porté aux nues, et tout est tellement changeant que c’est très dangereux parce qu’on n’arrive plus à avoir un rapport direct avec l’expérience. Dans le cas de Menochio, il a une opinion simple, qui vient de son expérience et il accepte de livrer bataille avec la parole, avec quelqu’un qui est dépositaire de cette parole, c’est ce qui est grand chez lui. 

La philosophie pour moi, c’est surtout se poser les bonnes questions et si possible, d’y donner des réponses alors que le cinéma c’est quelque qui pose des questions, et plutôt que de donner des réponses, il les suggère. Pour moi, la chose la plus importante, c’est l’expérience, à savoir la possibilité de traverser une œuvre qui me permet de vivre des émotions, d’être plus conscient de ma manière de vivre. 

Archives

Jeanne Labrune, émission « Les mardis du cinéma », France Culture, 1995

Nadav Lapid, émission « Hors Champs », France Culture, 2015

Référence musicale

Gioseffo Zarlino, Pater Noster pour chœur mixte , par l’ensemble Plus Ultra

Prise de son

Stéphane Desmons

Traduction

Nathalie Ferretto

Intervenants

France Culture

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