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"Je vois rouge" de Bojina Panayotova

Bojina Panayotova : "Le secret c'est compliqué, mais c'est passionnant"

59 min
À retrouver dans l'émission

Pour la sortie de son film « Je vois rouge », la cinéaste évoque son besoin de rattraper le temps perdu, la paranoïa des régimes totalitaires, sa démarche cinématographique radicale au risque de perdre le contrôle, et les fictions qui aident à s'émanciper de la peur.

"Je vois rouge" de Bojina Panayotova
"Je vois rouge" de Bojina Panayotova Crédits : @JHR films

Après 25 ans passés en France, la réalisatrice retourne en Bulgarie avec un terrible soupçon : et si sa famille avait collaboré aux services secrets du régime communiste ? Caméra au poing, elle embarque ses parents dans une quête effrénée qui menace de tourner à la catastrophe. Dans son obstination à trouver la vérité, elle se voit dépassée par ses propres méthodes qui ressemblent étrangement à celles du passé. Le film prend la forme d’une odyssée tragi-comique, qui mélange le film d’espionnage et le film de famille.

"Je vois rouge" de Bojina Payanotova
"Je vois rouge" de Bojina Payanotova Crédits : @JHR Films

J’ai 6 ans, ma mère qui est professeur de littérature française en Bulgarie essaie de m’apprendre un peu le français et cet effort-là de devenir française, c’est celui que j’ai poursuivi pendant 20 ans, et une fois que je me suis sentie bien en France, j’ai eu besoin de retourner en arrière. Ca m’a demandé un nouvel effort pour me réintégrer dans mon pays, et c’est ce qui a poussé le film en avant. Il y a les histoires politiques, mais le fond du fond, c’est le besoin de me reconnecter à ma génération, en Bulgarie. 

En 2013, il y a eu de grandes manifestations, beaucoup de jeunes bulgares sont descendus dans la rue pour remettre en question le pouvoir postcommuniste. Les gouvernants étaient d’anciens oligarques souvent liés à la police secrète ou ayant fait partie de la « nomenclatura ». Les jeunes dans la rue criaient « ordures rouges », ça m’a beaucoup frappée, mais ce qu’il faut entendre c’est qu’en Bulgarie, quand on dit communiste, on ne parle pas d’idéologie, on parle du régime totalitaire tel qu’il a existé. Le mot communiste évoque, soit les grand-mères qui sont restées communistes dans l’âme, comme la mienne, soit les mafieux. A ce moment-là, je le prends personnellement et je me demande qui sont les « ordures rouges ».

Je suis de cette génération qui est née avec le numérique et la prolifération des images, et en tant que cinéaste, il me paraît évident qu’il faut se poser la question de nos propres démarches avec ces images, de la façon dont nous les manipulons. Pour moi, dès que j’ai voulu faire le film, avant même de savoir qu’il allait porter à ce point sur la surveillance, j’ai voulu qu’il soit ouvert,  le faire en « work in progress », on allait voir les coutures et solliciter le spectateur pour qu’il ne soit pas dupe de ce qu’on était en train de fabriquer. C’est à la fois du cinéma direct et en même temps, il y a du montage, et tous ces matériaux divers et variés proposent au spectateur une diversité de points de vue.

Je voulais dès le départ mouiller la chemise, et pendant le tournage, je l’ai fait de façon à la fois consciente et inconsciente, en tout cas très démesurée. C’est comme si une partie de moi-même prenait le dessus, comme un comédien qui se fait posséder par un personnage. J’ai ouvert des vannes à l’intérieur de moi, et j’ai laissé de côté la partie raisonnée pour devenir une enfant, une ado, traversée par tout un tas de figures de fiction comme celle du collabo, de l’inquisiteur ou de l’agent secret. 

Archives

Eric Caravaca, émission « Par les temps qui courent », France Culture, 2017

Alain Cavalier, émission « Hors champs », France Culture, 2011

Marianne Birthler, documentaire « Stasiland », émission « Surpris par la nuit, France Culture, 2004

Lecture

Anne Dufourmantelle, Défense du secret, (Payot, 2019)

Références musicales

Maud Octallinn, A cheval sur le monde rêvé sauvage

Lhasa, Anyone and everyone

Prise de son

Jean Frédérix

Intervenants

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