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Un violent désir de Bonheur

Clément Schneider : "Ce qu’il y a d’intéressant dans le film historique c’est la fiction"

59 min
À retrouver dans l'émission

Nous recevons le cinéaste à l'occasion de la sortie de son premier long métrage "Un violent désir de bonheur" dans lequel l’idéal monastique rencontre la ferveur révolutionnaire. Il sera question de la construction d'un contre film historique, du travail sur les corps révolutionnés.

Un violent désir de Bonheur
Un violent désir de Bonheur Crédits : @Shellac

Présenté à Cannes dans la section ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion), ce premier long métrage de Clément Schneider donne à voir les échos des convulsions de l’histoire dans le dans les corps et les esprits.

Synopsis du film : 1792. Loin de l’épicentre de la Révolution Française, le couvent du jeune moine Gabriel est réquisitionné comme caserne par les troupes révolutionnaires. Une cohabitation forcée entre moines et soldats s’ensuit, qui ne laisse pas Gabriel indifférent aux idées nouvelles.

1792 n’est pas une date très symbolique, il n’y a pas d’attentes forte autour de cette date en particulier. On aimait bien cette idée de déconstruire petit bout par petit bout les attendus autour de la révolution. 

Il y avait quelque chose de tellement arrogant à dire qu’on allait faire un film sur la révolution tout en sachant qu’on aurait des moyens très limités que j’aimais l’idée de prendre ça comme un défi. On allait trouver un récit qui n’avait pas encore était fait, on allait inventer une forme qui nous permettrait de parler de notre révolution et d’une autre révolution.

Le film ne se veut pas dogmatique, il se situe à une époque de production de discours assez incroyable, magnifiques certes, mais tellement fétichisés, qu’il nous semblait qu’il fallait s’en débarrasser pour dépoussiérer tout ça. Assumer de faire presque un faux film historique, un contre film historique, en ne gardant de la révolution que certains signes, en subvertir d’autres et resserrer à une échelle très modeste qui est celle du film. Cela nous permet de travailler la question de la révolution dans toute son ampleur par ailleurs. 

En partant de situations très binaires on a voulu créer de la perméabilité. Car c’est finalement ça la complexité de la révolution, les choses ne sont jamais toutes blanches ou toutes noires ; deux mondes qui s’opposent très frontalement sont en fait plus organiquement liés qu’on ne le pense et vont s’interpénétrer assez naturellement. 

Ce qu’il y a d’intéressant dans le film historique c’est précisément la part de fiction. Je ne voulais surtout pas que le spectateur se dise qu’on allait exhumer un passé vitrifié dans une forme canonique. Et pour que ce soit très clair d’emblée, l’anachronisme musical est d’une efficacité redoutable. Cela emmène le film vers d’autres territoires de lutte, d’autres continents, d’autres époques. 

Archives :

  • Michel Foucault, "Le corps utopique", conférence radiophonique, France Culture, 1966
  • Jean Claude Dreyfus, émission "La Fabrique de l'histoire", France Culture 2010

Références musicales :

  • Patti Smith, Birdland
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