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Edouard Louis (Foire du Livre de Francfort, 2017)

Edouard Louis : "Avec mon père, j'ai surtout des souvenirs de ce qui n'a pas eu lieu"

58 min
À retrouver dans l'émission

L’écrivain publie "Qui a tué mon père" (éditions Seuil). A travers le récit de son enfance, il revient sur l'histoire de son père qu’un accident de travail a physiquement et psychologiquement broyé, et s’adressant à lui, sur cet amour qu’enfin, il lui avoue.

Edouard Louis (Foire du Livre de Francfort, 2017)
Edouard Louis (Foire du Livre de Francfort, 2017) Crédits : Jan Haas - AFP

Une partie du geste littéraire consiste à faire exister des vies dans une langue. Dans son dernier livre, Edouard Louis écrit n’avoir pas peur de se répéter pour parler des vies comme celle de son père, car des vies comme la sienne, personne n’a envie de les entendre. Il y a dans ce texte quelque chose qui insiste et ne trie pas les souvenirs, mais les laisse appuyer là où ça fait peut-être encore mal. Dans ce livre, il est le fils qui parle. Qui parle de. Qui parle pour. Qui parle face. Qui parle seul, en tous cas, et il considère que c’est une chose violente. Dans ce livre, il est celui qui a failli tuer le père. Celui qui a failli lui dire je t’aime.  Celui qui décrit un corps, comme le lieu des traces de la violence politique. Qui a tué mon père, c’est le titre de ce texte paru aux éditions Seuil.

C'est un livre sur la difficulté d'aimer et de dire je t'aime. Il y a des écrivains qui savent écrire sur l'amour ; Barthes, Ernaux, Proust... Je ne suis pas très doué pour parler d'amour, je sais juste parler de ce qui ne va pas. 

Dans Qui a tué mon père, je montre comment mon père était quelqu'un qui, toute sa vie, n'a pas su dire je t'aime, à moi son fils, à ma mère, aux gens autour de lui, parce qu'il devait être masculin ; parce que c'était un petit village, un milieu post-ouvrier où la masculinité était très importante. Dire je t'aime était un truc de fille, un truc de pédé.

J'essaie de faire cette archéologie du silence. Pourquoi on ne me le dit pas. C'est là où la question de l'amour est politique. C'est la question de la possibilité d'exister, d'être, de ne pas se chasser soi-même du monde.

"Qui a tué mon père", extrait p.69 (éd. Seuil)
"Qui a tué mon père", extrait p.69 (éd. Seuil) Crédits : Edouard Louis

Mon père ne sait même pas que sa vie est racontable. Dans les classes populaires, il y a une telle dépossession de soi...

Programmation musicale :

  • Philippe Katerine, Partir un jour
  • Générique de fin, Taulard (La Souterraine), Fuir
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