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Emmanuelle Richard

Emmanuelle Richard : "On est toujours le pauvre ou le bourgeois de quelqu'un d'autre"

59 min
À retrouver dans l'émission

L’auteure publie son troisième roman « Désintégration », paru en août aux éditions de l’Olivier. Il y est question de montée en puissance de la colère, d'ambition littéraire, de haine des classes, et d'écriture comme réponse à l'échec de trouver la beauté et communiquer.

Emmanuelle Richard
Emmanuelle Richard Crédits : Arnaud Delrue

« Les gosses de riches gueulent en riant plus fort « Qu’est-ce que j’peux faire, j’sais pas quoi faire », ritournelle en scie, scie qui vrille mes tympans, implante une graine de haine qui vient se loger très profond dans mon crâne loin après le cortex. »

Pour payer ses études, elle enchaîne les petits boulots tout en cherchant quelque chose qui serait une place. Elle n’envie pas ces jeunes qui, d’un claquement de doigts, obtiennent tout de leurs parents. Ils n’ont de cesse de lui rappeler qu’elle est l’Autre. Mais il n’y a pas de neutralité possible.

À force d’humiliations, le mépris s’inverse. La violence devient dignité. Et la colère monte, jusqu’à se changer en haine pure.

Je voulais vraiment montrer une montée en puissance de la violence et que le lecteur ne sache pas jusqu’où ça pouvait aller, parce qu’il y a aussi l’idée qu’une colère, privée de moyen d’expression, peut-être le pire danger qui soit. Je voulais qu’il y ait cette menace qui plane sans que l’on sache si ça allait être mis à l’œuvre ou pas.

Un livre ça ne peut pas grand-chose, mais cette idée d’engagement total dans la littérature, c’est quelque chose qui me parle beaucoup. J’écris parce cela correspond à un échec à trouver la beauté toute seule au quotidien, mais ça va aussi avec un échec à communiquer. Pendant très longtemps c’était très compliqué pour moi de parler, j’étais presque mutique.

La honte sociale on en parle beaucoup en littérature, alors que la haine de classe, je crois que c’est plus du côté du tabou. Jusque-là, à chaque fois que je parle de la genèse du texte, je dis que je voulais faire un livre autour du motif de l’argent de manière incarnée, mais la vraie genèse de ce texte et de chacun de mes textes sont des prétextes pour justifier soit une scène, soit une image.

Cette haine est réactionnelle face à une situation de mépris, de situation innombrables d’infériorisation et d’humiliations.

J’ai réfléchi à la construction de ce livre comme un outil d’émancipation possible par rapport à certaines hontes.

Dès qu’il y a la question de la honte  de ce qu’on écrit qui se pose, c’est peut-être là  précisément qu’il y a quelque chose d’intéressant, donc il ne faut surtout pas revenir en arrière.

J’essaie de mettre un peu d’humour dans ce que je fais, et il y a beaucoup de gens qui ne trouve pas drôle du tout ce que je raconte.

Archives

Philippe Faucon, émission « Projection privée », France Culture, 2012

Philip Roth, émission « La grande librairie », France 5, 2018

Damso, entretien avec Mouloud Achour sur Clique TV, 2018

Simone de Beauvoir, émission « Actualité du livre », RTF, 1949

Références musicales

Orelsan et Damso, Rêves bizarres

Sexy Sushi, J’aime mon pays

Bibliographie

Pour la peauEmmanuelle RichardEditions de l'Olivier, 2016

La légèreté

La légèretéEd. de l'Olivier, 2014

Intervenants
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