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Fatima Sissani : "Nos parents auraient dû être appelés des résistants"

1h02
À retrouver dans l'émission

Pour la sortie de son documentaire "Résistantes", en salles le 20 mars. Dans le cadre de la semaine spéciale consacrée à la presse à l'école, l'émission est co-animée par Marie Richeux et deux étudiantes : Sabrina et Léa.

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. Crédits : @Fatima Sissani

Avec son documentaire intitulé Résistantes, Fatima Sissani propose les regards croisés de trois femmes, Eveline, Zoulikha et Alice, engagées au côté du FLN. Elles se remémorent la colonisation et la guerre d’indépendance algérienne qu’elles ont vécues dans leur chair. Au fil des années, elles connaîtront la clandestinité, la prison, la torture, l’hôpital psychiatrique. Au crépuscule de leurs vies, elles choisissent de témoigner, après des décennies de silence. 

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La question du silence est omniprésente dans tout ce qui concerne, j’allais dire l’Algérie, la guerre d’Algérie et la colonisation, mais je crois que le silence est toujours ce qui entoure à chaque fois toutes les tragédies. Pour moi c’était important, j’avais envie d’aller questionner ça. Je continue aujourd’hui à m’interroger sur la question du silence, quels en sont les ressors, ce qui fait qu’on se tait. On a du mal à comprendre pourquoi on se tait car cela va toucher quelque chose de très intime, une douleur intense, la honte, l’impossibilité de tout raconter et on fait donc le choix de se taire.

Je suis féministe et je trouve très important de donner la parole aux femmes, d’aménager ces espaces-là de non mixité pour donner toute l’ampleur à leurs paroles. En général, quand on parle de guerre on parle d’hommes, mais j’aime cette idée des féministes des années 70 de revendiquer ces espaces de non mixité afin que la parole des dominés soit vraiment déployée. Et puis pour moi les femmes sont un voisinage bienveillant, j’ai beaucoup de plaisir, même de bonheur, à les entendre parler mais aussi à leur donner cette possibilité de prendre la parole.

Je regarde cette histoire-là depuis mon statut d’enfant d’immigrés et finalement aussi à partir de la France. J’avais besoin d’entendre des choses sur l’histoire coloniale. Mes parents sont nés dans les années 30, ont donc vécu pendant la période coloniale mais n’en n’ont pas dit grand-chose. J’avais besoin d’entendre des témoignages oraux sur cette période, j’avais besoin qu’on me parle de cette guerre-là, de réentendre à quel point cette guerre était légitime. Puisque j’ai grandi en France et qu’on nous a répété que ce n’était pas une guerre légitime, que la France avait encore le droit de rester en Algérie, que cette guerre-là n’était pas une guerre. Car on a mis longtemps à qualifier la guerre d’Algérie de guerre. Pour moi il y avait une sorte de filiation, de lien avec la guerre d’Algérie que j’avais besoin de retisser. Je voulais entendre parler de l’oppression coloniale et de ce qui a été infligé aux algériennes et aux algériens.  

Cette mémoire est tellement occultée en France, ou révisée dans le sens du révisionnisme – ça c’est dans le meilleur des cas – ou niée dans le sens du négationnisme, qu’elle ressort à différents moments. Les ratonnades dans les années 70, les crimes policiers dans les quartiers populaires jusqu’à aujourd’hui, l’affaire du foulard en 2004 et l’obsession française concernant le foulard. Tout cela on ne peut le comprendre qu’en regardant l’histoire coloniale. 

Sons diffusés :

  • Michelle Perrot dans l'émission L'Heure Bleue par Laure Adler, France Inter, 2018
  • Extraits du film Résistantes de Fatima Sissani, 2019
  • Abdoulaye Cissé - Les vautours (Burkina Faso 1978), dans l'album Les Damné.e.s de la Terre de Rocé
Intervenants
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