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Frédéric Boyer

Frédéric Boyer : "Il y a un lien entre l'usage du mot et l'usage du monde"

1h
À retrouver dans l'émission

Pour sa nouvelle traduction des "Géorgiques" de Virgile, intitulée "Le souci de la terre" aux éditions Gallimard, l'auteur évoque la nostalgie d’une nature rêvée et espérée mais qui n’est pas là, et nous fait entendre un texte empreint d’une gravité et d’une mélancolie sur la précarité du vivant.

Frédéric Boyer
Frédéric Boyer Crédits : @Marianne Chassort - Radio France

L'auteur nous livre une version renouvelée du poème sur les campagnes, composé par Virgile au premier siècle avant notre ère.

Illustration des "Géorgiques" de Virgile
Illustration des "Géorgiques" de Virgile

La situation de la poésie à cette époque était tout à fait différente de la nôtre, elle avait une place éminente par rapport à la langue d’abord, et au fait de faire entendre la langue latine dans des lieux publics, mais aussi une place politique éminente. Donc, chanter la terre c’était un projet politique. Aujourd’hui, on ne croit plus au pouvoir politique de la poésie, à sa capacité à transmettre des savoirs.

Dans ce poème, Virgile prend une position très ironique. Au départ, il faut chanter les dieux, ça fait partie du discours, et du savoir de l’époque, on devait manier les références mythologiques pour expliquer le monde. Alors il le fait, mais en même temps tout le poème est fait de digressions, et il va donner une vision du monde qui n’est pas du tout celle que donne la vulgate des savoirs de l’époque, qu’ils soient mythologiques ou scientifiques.

A mesure que l’on avance dans la traduction, on essaie de recomposer quelque chose. Un des vrais chantiers dans une traduction comme celle-là, c’est de trouver une forme contemporaine et d’échapper à une langue académique. Plutôt que d’essayer de reproduire par mimétisme la forme que l’on traduit, j’ai essayé de traduire selon de rythme que j’entendais en lisant le poème. Cette forme s’explique par la matière même de ce poème, qui est fait de petits détails qui vont composer une forme de tableau fragmenté de la contemplation du monde du poète. En fait, les « Géorgiques »  est un livre à la fois didactique et contemplatif, dans lequel il essaie d’inventer un univers littéraire propre, qui dépasse le stade du conseil.

Virgile a voulu créer la langue épique dont Rome avait besoin et c’est pour ça qu’on l’a célébré. Une des caractéristiques de ce grand poème, c’est de mettre de l’épique là où il n’y en a pas, et parfois ça prend des proportions inquiétantes. La force de cette poésie est d’utiliser toutes les ressources du chant, des différentes tonalités avec lesquelles on peut dire le monde. Quand on lit ce poème, on est saisi par cette facilité avec laquelle il passe de la grandeur de quelque chose à sa petitesse. Parfois, il chante le petit avec une ampleur digne d’une épopée.

Archive

« Des animaux et des hommes », émission « LSD », France Culture, 2017

Références musicales

Antonin Tri Hoang et Benoît Delbecq, Précipité vert

John Cage, In a landscape

Alain Bashung, Apiculteur

Eve Risser et Kaia Draskler, Dusk, mystery, memory, community

Sourdure, Lo trace joc

Prise de son

Guillaume Le Dû

Bibliographie

Intervenants
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