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Exposition de Gérard Fromanger "Dialogue inattendu" au musée Marmotant Monet à Paris

Gérard Fromanger : "Je suis ce qui est : la lumière et l'ombre"

1h02
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de ses deux expositions: "Dialogue inattendu" à Paris, et "Annoncez la couleur !" à Issoudun, le peintre questionne ce qu'on voit, évoque la ligne comme un chemin dans la forêt du monde, l'enivrement procuré par la réinvention de la toile, la rue et l'homme cette passion magnifique.

Exposition de Gérard Fromanger "Dialogue inattendu" au musée Marmotant Monet à Paris
Exposition de Gérard Fromanger "Dialogue inattendu" au musée Marmotant Monet à Paris Crédits : @Christian Baraja SLB

il inaugure jusqu’au 29 septembre  une carte blanche intitulée «Dialogue inattendu» au musée Marmottan Monet à Paris. Cette exposition met en dialogue ses œuvres avec celles de Monet, Caillebotte et Pissaro. 

Le Musée de l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun lui consacre, jusqu’au 12 mai, une exposition intitulée « Annoncez la couleur ! ». Cette exposition rassemble environ 90 œuvres (toiles et œuvres sur papier) parmi lesquelles de nombreux grands formats, de la fin des années 1960 à 2017. 

Exposition de Gérard Fromanger "Dialogue inattendu" au musée Marmotant Monet à Paris
Exposition de Gérard Fromanger "Dialogue inattendu" au musée Marmotant Monet à Paris Crédits : @Christian Baraja SLB

La ligne n’existe pas dans la nature, c’est une invention humaine totalement abstraite avec laquelle on peut faire ce qu’on veut. Si je démarre du rien pour arriver au rien, et qu’entre temps, un entrelacs de ligne peut créer un animal humain, un ami, un portrait, ça me rend joyeux. C’est toujours une aventure, un risque, on n’ose pas et on ne sait pas par où commencer. D’habitude, on commence par le haut, puis ensuite on circule dans la lumière et dans l’ombre, et à la fin ça fait forme. 

La grille cubiste pour les peintres est une grille terriblement dictatoriale. L’idée des cubistes était de construire architecturalement un certain nombre de lignes qui construisent un visage, avec des droites, des perpendiculaires, etc… des lignes géométriques, et pour échapper à ça,  c’est très difficile. Donc, échapper à la grille cubiste a été un des paris de ma vie de peintre, de même qu’échapper à la grille expressionniste. Pour cela, je me suis beaucoup inspiré des trouvailles des situationnistes, notamment de l’idée de dérive. Dériver, ça m’aidait beaucoup pour changer de ligne, pour faire un pas de côté et jouir un peu autrement de la vie, et ne pas rentrer tout le temps dans le programme cubiste.

Commencer une toile c’est difficile c’est comme plonger la première fois dans une piscine, c’est comme ça, il faut y aller. Pour moi, une toile est noire de toute l’histoire de la peinture, ça obstrue la vue, alors il faut la blanchir, la rafraîchir, il faut que le blanc se lève dans sa splendeur, et là on commence et c’est formidable, tout revient autrement. La présence mentale des autres sur la toile apparemment blanche, c’est une dictature. Quand on choisit de devenir peintre, on a des maîtres, mais ils noircissent la toile blanche, alors comment en sortir ? C’est là que commence la difficulté. Il faut trouver son indépendance, et faire sa propre ligne, c’est enivrant mais ce n’est pas facile. 

En mai 68, on découvre la rue, on se parle, il n’y a plus de barrières entre les êtres, on ne se connaît pas et en même temps on se connaît tout de suite, tout était neuf, comme dans circuits situationnistes de mes portraits. C’était aussi des pas de côté hors des plans, des inventions quotidiennes de la vie. Depuis, je vois bien que cette perception toute simple du réel montre à chaque fois, que la rue tente, et parfois arrive, à transformer le monde. La rue, ça fait peur aux puissants, ça fait trembler et réfléchir. Et fondamentalement, mai 68 ça a fait joie, ça a fait peur et l’ensemble fait que dans l’âme d’un peuple, comme dans l’âme des artistes dont je fais partie, il en reste toujours quelque chose, qui fait socle, qui permet d’évoluer, de résister à la saloperie du monde et qui donne une petite idée de ce qui est important.

Peinture-monde Carbon black, 2015
Peinture-monde Carbon black, 2015 Crédits : @Gérard Fromanger

Archives

Gilles Deleuze, cours à l’université de Vincennes, 1980

Marianne Mathieu, émission « L’humeur vagabonde », France Inter, 2014

Pierre Buraglio, émission « A voix nue », France Culture, 2001

Journal d’Inter, 14 mai 196

Lecture

Félix Guattari, Les années d’hiver (Editions:Amsterdam)

Références musicales

Yuko, Undiscovered

Joanna Brouk, Playing in the water

Alyce Coltrane, Oceanic beloved

  • Melanie De Biaso,The flow

Prise de son

Jordan Fuentes

Informations complémentaires

Musée Marmottant Monet

Musée de L'hospice Saint-Roch

Intervenants
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