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"Pigalle people"

Jane Evelyn Atwood : "La photographie, c'est un langage d'images"

58 min
À retrouver dans l'émission

Pour son exposition « Histoires de prostitution Paris 1976-1979 » à la Maison de la photographie Robert Doisneau à Gentilly, jusqu’au 21 avril, la photographe évoque son apprentissage de la photo dans la rue et sa volonté d'utiliser les images pour raconter des histoires et dépasser les clichés.

"Pigalle people"
"Pigalle people" Crédits : @Jane Evelyn Atwood

En 1976, Jane Evelyn Atwood, pas encore photographe, habite à Paris depuis cinq ans. Sans expérience et sans idées préconçues, elle achète un premier « vrai » appareil photo et se met à la rencontre  de ces hommes, ces femmes ou ces transgenres qui vendent leurs corps sur les trottoirs de la capitale. Par bribes photographiques, elle entre progressivement dans la vie de ces personnages et dans l’univers de la prostitution. 

"Rue des Lombards"
"Rue des Lombards" Crédits : @Jane Evelyn Atwood

Ma relation avec Blondine c’était une vraie, authentique relation privilégiée, parce que moi j’étais une "cavette", c’est-à-dire une personne qui n’est pas du milieu de la prostitution, et elle, c’était une pute de bas niveau, une prostituée de la rue. On avait fondé une réelle amitié, basée sur le respect mutuel, c’était inattendu, et ça m’est arrivé une seule fois dans ma vie de photographe. Blondine m’a protégée d’elle-même, elle ne voulait pas venir chez moi mais je pouvais aller chez elle, dans son monde. Quand je suis devenue un peu connue, elle était très fière de moi, comme si j’étais l’enfant qu’elle n’avait pas pu avoir.  

C’est toujours difficile pour moi d’arrêter de photographier, cela pour deux raisons : tout d’abord, parce ce que j’ai peur de ne pas avoir de sujet. Quand je suis devenue photographe, je me suis retrouvée dans la même situation qu’un peintre devant sa toile blanche, mais très vite, je me suis rendue compte qu’il y avait toujours des sujets qui venaient à moi. La seconde raison, c’est que je suis toujours triste de quitter mes sujets. 

Moi j’étais quelqu’un d’extérieur, qui s’immisce difficilement dans un monde qui n’est pas le sien. J’étais une visiteuse et je le reste jusqu’au bout. Le rapport que j’ai établi avec ces personnes était très particulier : je ne pouvais pas les trahir, ils m’ont laissée entrer, et en remerciement, je ne pouvais pas faire des photos voyeuristes. J’ai dû suivre ces photos le reste de ma vie, pour surveiller la façon dont elles seraient utilisées. Mon travail de photographe dure beaucoup plus longtemps que la prise de vue.

La rue des lombards a été mon école de photographie, elle m’a appris la patience, à ne pas être trop gourmande, à savoir quitter une situation pour ne pas avoir de problèmes, et j’utilise toutes ces choses, dans tous les sujets que je fais depuis. J’ai appris mon travail dans la rue.

C’est le sujet qui me choisit, et j’organise ma vie autour afin de pouvoir le traiter. Les sujets sont toujours plus grands que moi. 

Archives

Momo de Ménilmontant, émission « Les pieds sur terre », France Culture, 2009

Nan Goldin, émission « Tam tam, etc… », France Inter, 2003

Guillaume Herbaut, émission « Par les temps qui courent », France Culture, 2018

Mathieu Pernot, émission « Conversations d'été », France Culture, 2014

Références musicales

Claudine Longet, Every nights 

Cat Power, Woman

Bibliographie

Intervenants
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