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"Un ennemi du peuple" de jean-François Sivadier au théâtre de l'Odéon à Paris

Jean-François Sivadier : "Je prends la parole comme une matière, comme l'outil d'un espace et d'un temps"

59 min
À retrouver dans l'émission

Dans cet entretien le metteur en scène raconte sa fascination pour l'oeuvre de Henrik Ibsen, il nous parle de son obsession de l'espace, que ce soit celui qu'il créé sur scène ou celui ouvert par la parole.

"Un ennemi du peuple" de jean-François Sivadier au théâtre de l'Odéon à Paris
"Un ennemi du peuple" de jean-François Sivadier au théâtre de l'Odéon à Paris Crédits : Jean-Louis Fernandez

Jean-François Sivadier propose actuellement une mise en scène du texte de Henrik Ibsen Un ennemi du peuple, au théâtre de l’Odéon jusqu’au 15 juin et en tournée. Vous trouverez les dates et lieux des prochaines représentations en cliquant ici.

Un Ennemi du peuple est un texte à part dans l’oeuvre d’Ibsen. Pour la première fois, l’auteur fait de son théâtre une tribune, regarde son public dans les yeux. Dans ce texte, la parole l’emporte sur la pensée. Une parole où la pulsion remplace la psychologie et où la conversation mondaine menace à chaque seconde de virer à la fureur tragique. La parole jusqu’à l’épuisement, pour empêcher le silence de plonger tout le monde dans l’abîme. 

J’ai toujours été fasciné par Ibsen. A chaque fois que j’ai lu ou vu une pièce d’Ibsen, j’ai toujours eu l’impression que dès le départ il me prenait par la main pour m’emmener dans des zones de l’inconscient pas forcément agréables, mais de manière extrêmement jouissive. Ça fait peur Ibsen, dès le début on a peur, et en même temps on tombe dans un délire où la psychologie est toujours fantastique. D’ailleurs c’est ce que j’aime chez Ibsen, le réalisme est toujours transcendé par quelque chose de fantastique, irréel, cauchemardesque. 

La psychologie a tendance à mettre en scène d’abord l’intellect au lieu du corps, de la pensée etc. Dès qu’on essaie d’expliquer les choses par la psychologie ou par une logique du comportement on ne fait que tuer le théâtre. On tue l’espace de l’imagination du spectateur. Il n’y a rien de pire que deux acteurs qui font la conversation sur un plateau. Au théâtre on échange de la parole, mais ce n’est pas de la conversation. Si on discute sur un plateau de théâtre, le théâtre est mort. Ce qui est intéressant c’est quand on prend la parole comme une matière, qu’on en fait l’outil d’un espace et d’un temps. 

J’aime affirmer l’idée que nous sommes au théâtre et qu’à certains moments les acteurs font du théâtre. C’est dans le contrat avec les spectateurs. Cela n’empêche pas que ce qui se passe est un certain rapport avec la réalité. Plus on affirme qu’on est en train de jouer plus la vérité peut advenir. Stockmann fait du théâtre dans la pièce et se fait du théâtre à lui même. La sincérité n’a rien à voir avec la vérité au théâtre.

Sons diffusés : 

Musiques : 

  • Canard sauvage de Camille
  • Je suis un grain de poussière de Jacques Higelin

Archives : 

  • Joël Pommerat, dans l'émission Par les temps qui courent, France Culture, 2019
  • Eloi Recoing, dans l'émission La compagnie des auteurs, France Culture, 2016
  • Didier Georges Gabily, dans l'émission Les nuits magnétiques, France Culture, 1994

Ingénieur du son : Manuel Couturier

Bibliographie

Un ennemi du peuple d'Henrik Ibsen

Un ennemi du peupleHenrik IbsenActes Sud Papiers / Hors collection , 2019

Intervenants

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