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Kévin Lambert

Kévin Lambert :"Je crois à la forme du roman comme conflit"

58 min
À retrouver dans l'émission

"Querelle", le second roman du jeune écrivain québécois paraît aux éditions Le Nouvel Attila. L’occasion d’évoquer son rapport à l’histoire de son pays, à la langue et aux codes littéraires, dans un livre où se mêlent sexualité, politique et vengeance sociale.

Kévin Lambert
Kévin Lambert Crédits : Valérie Lebrun

Kevin Lambert est né en 1992 et a grandi à Chicoutimi au Québec. Son premier roman Tu aimeras ce que tu as tué, paru en 2017 aux éditions Héliotrope, a fait du bruit en plus d’être sélectionné au Prix des libraires et de remporter le Prix découverte du Saguenay–Lac-Saint-Jean. 

Une grève éclate dans une scierie du lac Saint-Jean, au Québec. Parmi les ouvriers, il y a Querelle, colosse venu de la capitale, et Jézabel, issue d'une lignée rebelle. Derrière l'apparente solidarité, la dureté de la lutte révèle des intérêts personnels. Au gré des sabotages, des duels et des ivresses, la colère monte et le conflit se généralise, tournant à la vengeance sociale. 

Extraits de l'entretien

"On écrit toujours en poursuivant des œuvres qui nous ont marqué. Pour moi hériter ce n’est pas prendre le passé tel quel, c’est aussi le tordre, le transformer et cracher sur une partie de ce qui a été dit ou fait. Il faut toujours trahir, et j’ai besoin de haïr pour penser l’avenir."

"Sur un plan littéraire, j’avais envie d’écrire sur un milieu syndical, au sein d’une usine de bois, qui est un milieu très masculin, très hétéro, et je ne pouvais pas le faire sans le transformer une peu, sans y mettre des personnages, envers lesquels je pouvais avoir une compréhension différente, et qui me permettent d’avoir une lecture différente des enjeux sociaux. C’est comme si j’avais voulu, plutôt que de connecter mon écriture sur un réalisme documentaire, la connecter sur une lecture poétique du monde. Ma manière de comprendre le monde, c’est la littérature dans ce qu’elle a de plus matériel : la langue, la mise en forme de phrases, d’images. Je crois vraiment à la capacité de la littérature de permettre de comprendre autrement le monde en s’écartant du réalisme."

"Il y a une structure de pensée qui commande l’imaginaire occidental depuis très longtemps, qui est une structure patriarcale qui crée l’identité masculine à partir du rejet de l’homosexualité. Il faut en finir avec cette structure qui crée les identités encore aujourd‘hui, et qui met à l’écart tout ce qui n’est pas masculin et viril."

"Je ne tiens pas à appartenir complètement à la case « gay », je crois qu’il faut s’en désidentifier, comme il faut se désidentifier du masculin. Etre gay, ça questionne l’identité de genre. Dans ma biographie, j’ai d’abord existé comme une insulte, comme un déchet. Une des premières manières d’exister avec les cases identitaires qui existent dans notre société, c’est par la négative. Moi je veux poursuivre cette désidentification, continuer à m’éloigner de ces catégories, même de celle de « gay », c’est trop restreint, il y a trop de pièges à vouloir se replacer dans une case. "

"Je crois aux formes d’art qui posent des questions sans fournir de réponses. Quand, en tant que lecteur, on est en querelle avec les objets ou avec les formes d’art qu’on voit, il y a une possibilité de questionnement politique qui naît. Je crois à la forme du roman comme conflit. Dans mon roman, de la même façon que les grévistes sabotent leur lutte, mon roman se sabote lui-même. Je voulais questionner la façon dont la littérature nous conditionne et nous soumet à sa dictature douce. " 

Kévin Lambert

Archives

Michel Chartrand, extrait du documentaire, Un homme de parole  d’Alain Chartrand, 1991

Guillaume Dustan, émission "Nuits magnétiques ", France Culture, 1999

Hélène Cixous, émission "Dialogues ", France Culture, 1973

Références musicales

Perrine en morceaux, Je continue 

The Slits, Love und Romance

Prise de son

Olivier Dupré

Vous pouvez écouter et/ou podcaster cet entretien en cliquant sur le lien ci-dessus

Bibliographie

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QuerelleKévin LambertLe Nouvel Attila, 2019

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