LE DIRECT
Leslie Kaplan

Leslie Kaplan : " Nous sommes des êtres parlants, ce qui fait de nous des êtres politiques"

58 min
À retrouver dans l'émission

Pour la sortie de son livre « Désordre » chez POL, l'auteure souligne la tendance actuelle à vider, détourner et aplatir les mots, invite à identifier d'où vient la violence, explique qu’écrire ce n’est pas commettre, et nous rappelle l’importance de la parole et des mots qui ouvrent.

Leslie Kaplan
Leslie Kaplan Crédits : @Hélène Bamberger

Dans son livre, l'auteure nous livre une fiction inspirée de l'actualité sociale française, notamment le mouvement des gilets jaunes, qui dénonce la violence du réel dans un style à la fois drôle, inquiétant et cruel.

Sa seconde actualité est l’adaptation par Frédérique Loliée et Elise Vigier à la Maison des Arts de Créteil du 16 au 18 mai, de son livre « Louise, elle est folle » paru chez POL en 2011.

Le monde marche à l’envers, et je veux montrer comment les mots que l’on utilise couramment dans la société, peuvent sembler tout d’un coup absolument faux, et, justement, à l’envers. On peut se dire que cela ne va pas et vouloir faire en sorte que les mots décrivent réellement les choses. Pour moi, ce qui a été le moteur de l’écriture, c’était le sentiment que l’on parlait partout de violence, et que la première des violences, à savoir, la violence policière, on en parlait beaucoup moins. La question que je me suis posée était : « d’où vient cette violence ? ».

Si quelque chose ne va pas dans la façon dont on parle, s’il y a des mensonges ou des non-dits, ça crée du désordre dans la tête et ensuite du désordre dans les comportements sociaux. Ma bataille se situe dans le fait d’expliciter ce que les mots veulent dire. Il me semble qu’après tout, c’est le travail d’un écrivain, qui écrit à partir de son expérience et de la façon dont il l’a pensée. Ce à quoi j’ai à faire en premier, c’est au sens des mots : est-ce que ce sont des mots pleins ou des mots creux, s’agit-il d’un vrai dialogue ? Cela fait partie de la matière première avec laquelle je commence, et sur laquelle je peux agir.

La phrase « ce n’est pas politique » revient comme une sorte de leitmotiv, comme si on avait peur de penser le politique dans toutes ses dimensions. La politique, est-ce uniquement la représentativité ? Y a-t-il d’autres formes de dimension politique ? La question qui se pose est : qu’est-ce qui est politique ? En fait, la politique est partout, elle traverse n’importe quel être humain, et quand on dit qu’une action n’est pas politique, on est dans le déni, pour ne pas avoir à se poser la question de savoir ce que c’est que d’être citoyen.

Les grandes choses ont toujours été déconstruites et combattues par des petits groupes, et ça prend ou non de l’ampleur. N’importe quelle revendication minuscule porte en elle, en même temps, une prise de position d’ensemble qui affirme la dignité de la personne qui parle. 

Archives

Grégoire Bouillet, émission « La grande table », France Culture, 2019

Jacques Rancière, émission « Les mardis littéraires », France Culture, 2007

Pierre Pachet, émission « Nuits magnétiques », France Culture, 1979

Lectures

Leslie Kaplan, Désordre (POL, 2019)

Leslie Kaplan, Louise, elle est folle (POL, 2011)

Références musicales

Confession d’une skinhead, La main invisible

Mercier Descloux, Mission impossible

Sabine Happart, Enfonce le clou

Prise de son

Manuel Couturier

(1ère diffusion le 14/05/2019)

Intervenants

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......