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Bistrot de province

Lydie Salvayre : "Nous sommes chacun à des moments de nos vies des étrangers à nous-mêmes"

58 min
À retrouver dans l'émission

L’écrivain publie "Tout homme est une nuit" (éd. Seuil). Un roman où vont se faire face, d'une part, un solitaire lettré, un homme malade qui a choisi de se retirer dans un lieu de beauté, et de l'autre, les habitants d'un paisible village que l'arrivée de cet intrus, bouscule sinon déconcerte.

Bistrot de province
Bistrot de province Crédits : Alexandros Michailidis/ Sooc - AFP

Un homme veut reprendre la main sur sa maladie. Reprendre langue avec elle. Savoir ce qui le traverse, et peut-être qui il est, traversé par elle, alors que la mort soudain lui semble si proche. Il s’installe dans un petit village où il croit trouver la tranquillité mais dés sa première visite au Café des Sports, c’est la suspicion qu’il attire. Le nouveau, l’étranger, le pas clair, le pas comme nous. Il n’en faut pas davantage pour délier les langues, et leurs violences. Tandis qu’au bistrot, on rivalise de vulgarité et de bêtise pour dire l’incapacité à faire une place, l’homme se réfugie dans l’écriture de son journal qui le révèle subtil, précis, sensible. Bref, à l’inverse de la caricature que l’on fait de lui, deux rues plus loin. La tension monte sur du vide et semble ne pouvoir mener qu’au drame. Seulement, le retour du désir et l’irruption de l’amitié enrayent la mécanique. De quelle maladie souffrent la France et sa langue, quand elles ne savent ni l’une ni l’autre, accueillir l’étranger ? De quelle manière la maladie rend les êtres étrangers à eux-mêmes et aux autres ?  

Une belle langue, c'est aussi parfois une langue maltraitée.

J'aime la langue populaire chez Rabelais, Michel Audiard, Céline.... Là, c'est autre chose, c'est la misère de la langue. Une langue réduite et violente. J'ai écrit ce livre pendant la campagne  présidentielle.

Je pense que toutes les cultures se sont enrichies de vagues de migrants. L'histoire est faite de ces flots, de ces invasions, de ces traversées, et un pays qui ne supporterait aucune étrangeté ou intrusion serait voué à la mort, me semble t-il.

Programmation musicale :

  • Georges Moustaki, Le métèque
  • Générique de fin. Bachar Mar Khalifé, Balcoon

Bibliographie

Intervenants
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