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"Trissotin ou les femmes savantes", mise en scène de Macha Makeïeff

Macha Makeïeff : "Je crois qu'on fait du théâtre parce qu'on n'est pas peintre"

58 min
À retrouver dans l'émission

Dans sa mise en scène de « Trissotin ou les femmes savantes » de Molière à la Scala de Paris du 10 avril au 10 mai, elle nous montre une maison qui vrille, des personnages profonds et ambigus, et nous fait entendre, avec élégance et fantaisie, la rythmique de la langue de Molière.

"Trissotin ou les femmes savantes", mise en scène de Macha Makeïeff
"Trissotin ou les femmes savantes", mise en scène de Macha Makeïeff Crédits : @Loll Willems

Macha Makeïeff a décidé de contribuer à la lutte acharnée des femmes pour leur émancipation. Elle a choisi de le faire par l’humour, parfois jusqu’au délire, avec le secours de Molière et de ses Femmes savantes.

"Trissotin ou les femmes savantes", mise en scène de Macha Makeïeff
"Trissotin ou les femmes savantes", mise en scène de Macha Makeïeff Crédits : @Loll Willems

C’est une maison qui vrille, hallucinée parce qu’il y a une impasse et que l’espace domestique va se transformer. C’est ce qui m’a portée, ne serait-ce que pour imaginer le décor : comment une maison raconte la folie qui la traverse, comment l’espace domestique est balayé, petit à petit, par une utopie qui serait les lieux du savoir, de la poésie et des belles lettres. Cet espace qui se transforme sous nos yeux est comme un manifeste très visuel, et ce qui m’importait, c’était cette espèce d’hallucination qui prend la maison, mais aussi le désarroi qui en découle. 

Les impasses de l’émancipation sont des choses très graves, et Molière nous fait rire avec des choses qui nous guettent et qui sont quasiment insolubles. Il montre autant la souffrance que la volonté d’aller chercher ailleurs. Dans ce texte, Molière fait entendre trois discours misogynes mais son entreprise est toute autre. Il connaissait très bien le sort des femmes, et on tord le texte, on ne l’approfondit pas, si on fait entendre la misogynie de Molière.

Molière s’amuse de l’étiquette bourgeoise qui a aussi à voir avec le corps. L’ordre bourgeois est très strict, très ritualisé, et il y met la pagaille ce qui, en terme de théâtre, est extrêmement jouissif. On n’est pas dans une petite famille bourgeoise tranquille, ce qui s’y passe est très violent, très brutal et en même temps c’est magnifique, parce qu’il est question de savoir que l’on a un corps, et la question du corps est essentielle dans l’œuvre de Molière.

La délicatesse de la chose comique, c’est de ne jamais tout dire, juste évoquer les choses et laisser le spectateur faire une partie du chemin, suggérer plutôt que démontrer, il faut tendre à cela. Les situations de Molière sont tellement fortes, qu’on n’a pas besoin d’appuyer. Ce que j’aime par-dessus tout c’est la fantaisie, parce que c’est une forme d’élégance, surtout dans des situations aussi difficiles que celles que propose le dramaturge. 

Je suis un peu comme les surréalistes, je crois vraiment qu’il y a des hasards objectifs, que si vous rencontrez un objet, ce n’est pas par hasard qu’il soit là, et vous allez l’utiliser. Il existe une sorte de hasard artistique qui s’impose à vous, dans lequel vont se faire des associations. Pour moi, le travail se fait d’abord plastiquement, et comme la langue aussi est plastique, ça se fait en même temps. Ensuite intervient la compréhension, et la mécanique dramatique nous habite.

Archives

Catherine Hiegel, émission « Une saison au théâtre », France Culture, 2018

Jacques Tati, émission « Radioscopie », France Inter, 1974

Références musicales

Henry Purcell, When I’m a laid (interprète : Rosemary Standley)

Gisèle Pape, Les nageuses

Prise de son

Pierre Monteil

Intervenants
  • auteure, metteure en scène, plasticienne, à la direction du théâtre national de Marseille la Criée

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