LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Marie Darrieussecq

Marie Darrieussecq : "Tous les auteurs que j'aime sont insomniaques"

43 min
À retrouver dans l'émission

Nous recevons l’autrice, à l’occasion de la parution de son livre « Pas dormir », aux éditions POL.

Marie Darrieussecq
Marie Darrieussecq Crédits : Charles Freger

Il est 22h 15, le soleil est couché depuis un peu plus de trois heures maintenant et ceux qui parmi vous nous écoutent en direct vont sans doute d’ici peu gagner leur lit et aller tranquillement se lover dans les bras de Morphée. A moins que, comme celle que nous recevons ce soir, vous ne souffriez de ce démon du non sommeil communément appelé « Insomnie ». Marie Darrieussecq, se coltine ce démon, quotidiennement depuis une vingtaine d’années, et a choisi d’en faire le sujet de son dernier livre, joliment et simplement intitulé Pas dormir. Ceux qui partagent cette expérience trouveront dans ce livre du réconfort, les autres la joie de se dire qu’ils échappent à une condition peu enviable. Les uns, les unes et les autres y trouveront surtout l’occasion d’un beau voyage au pays des livres, de la littérature, dont on songe, en lisant cet ouvrage, à quel point elle est intimement, profondément liée à cette expérience de la veille nocturne. 

Extraits de l'entretien

L’insomnie d’endormissement est souvent une insomnie de tracas, d’anxiété, ou parfois parce que la vie est trop intéressante et qu’on n’arrive pas à lâcher le film, qu’on a encore des choses à faire. Je crois que cette insomnie a des solutions. Par contre, se réveiller, c’est involontaire, c’est vraiment le diable qui frappe. L’insomnie est absolument sans actualité, sans présent. Elle est toujours reliée au passé ou au futur : elle se nourrit des ratages, des fantômes du passé, mais elle se nourrit aussi du futur, parce qu’elle est angoisse. Et puis, elle se nourrie d’elle-même, c’est un cercle vicieux : je ne dors pas, donc je ne dormirai plus et donc je serai épuisé pour affronter cette journée qui vient. Je suis persuadée que les insomniaques ne sont pas tracassés par le présent. Dans l’insomnie, il s’agit d’un rapport à la présence, on est là, dans un présent qui se dissout dans la nuit : l’insomnie est un espace sans bords, sans repères, où on est dans un dialogue de soi à soi infernal.  Marie Darrieussecq, écrivaine

Il est vrai que les territoires de la nuit s’explorent par l’écriture de façon assez efficace. L’insomnie se prête à l’écriture par sa forme, ce que j’appelle une forme spiralée, qui va assez bien à certaines phrases, et en particulier, à la phrase de Proust, ou à l’écriture de Duras. Il y a également « Le journal » de Kafka, qu’on lit beaucoup mieux quand on comprend qu’il a été écrit la nuit par quelqu’un qui était dans un épuisement et un manque de sommeil incroyable. Kafka était toujours dans la zone hypnagogique, c’est-à-dire, la zone des rêves, et il se plaignait fréquemment de ne pas dormir, mais de rêver éveillé, et c’est un état que connaissent les insomniaques chroniques. On est proche du rêve éveillé, on sait qu’on ne dort pas, et c’est infernal, parce qu’on est jamais dans l’oubli que procure le sommeil profond. Marie Darrieussecq, écrivaine

Archives

Emil Cioran, émission Démiurge, France Culture, 01/01/1989

Mona Chollet, émission Les nouvelles vagues, Marie Richeux, France Culture, 18/05/2015

Anne Dufourmantelle, émission Remède à la mélancolie, France Inter, 21/05/2017

Référence musicale

Brigitte Fontaine, Il se passe des choses

Bibliographie

Intervenants
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......