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Nathalie Azoulai

Nathalie Azoulai : "J'ai travaillé sur cette texture de la langue, l'ai dépliée, elle est devenue une matière textile"

58 min
À retrouver dans l'émission

Après « Titus n’aimait pas Bérénice » (Prix Médicis, 2015), la romancière publie « Les Spectateurs », aux éditions P.O.L. A la suite d’une conférence de presse du Général de Gaulle à la télévision, un jeune adolescent commence à questionner ses parents sur leurs origines, leur exil...

Nathalie Azoulai
Nathalie Azoulai Crédits : François Guillot - AFP

Est ce que les drapeaux sont faits du même tissu que les robes fourreaux des grandes actrices hollywoodiennes ? Et si l'on tire sur le fil, si l'on dévide la trame, reste-t-il quelque chose de l'ordre de l'égalité dans la pelote à terre ? Allez savoir les questions qui traversent la tête des enfants dont la vision du monde, parfois épargnée d'une compréhension du large contexte, se focalise sur des détails. Le 27 novembre 1967, un enfant regarde la conférence télévisée du Général De Gaulle. Est-il le seul à entendre la liaison mal à propos que l'homme politique fait entre deux mots ? Une liaison dangereuse,que les linguistes nomment velours. Le tissu, nous y revoilà ! Le tissu de nos vies suit de drôles de trames, et ce roman, Les spectateurs, paru aux éditions POL, les rend dans leur plus grande finesse. 

C'est sans doute une forme de chemin, d'initiation, de laboratoire..., j'aime bien cette hauteur d'enfant qui permet de réinterroger les événements et les idées communes, et d'aller déplier l'indépliable, aller dans les coins et les recoins pour explorer d'une nouvelle manière ce qui a été dit, ce qui a été vécu, et ce qui n'a pas été dit, surtout.    

Le textile est très présent dans ce livre, je l'ai vécu sur ce mode-là. Avec la langue, j'ai besoin de passer par une matière très pâteuse, brute, sommaire, très épaisse, un matériau un peu inconnu au départ. De roman en roman, j'essaie de passer par de nouveaux chemins. Mon histoire, je ne l'ai pas connue tout de suite, je l'ai découverte et construite au fur et à mesure. 

On ne lui a jamais raconté à cet enfant cet exil de ses parents, c'est pour ça qu'il va à la pêche. J'avais envie de construire cette famille dans ce salon, un peu indifférenciée, qu'ils restent une masse un peu anonyme, pour en faire sans doute un point de vue aussi universel que possible. En dehors d'eux, tous les autres sont nommés ; les voisins, les acteurs de cinéma... Que ces personnes restent dans cette ombre, c'était important pour moi.

Le cinéma tient une place centrale dans ce livre. C'est une manière de raconter comment on se drape dans des rêves, des histoires, pour ne pas affronter une réalité. Hollywood représentait le rêve d'Occident absolu pour mon personnage, cette femme qui venait d'Orient. Elle se défend de ses propre souffrances ainsi. 

Programmation musicale :

  • Dalida, A qui
  • Anita Ellis, Put the blame en Mame
  • Serge Reggiani, Rappelle-toi Barbara
  • Générique de  fin, OQueStrada, Oxala te veja 

Bibliographie

Intervenants
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