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Oliver Laxe lors du festival de Cannes 2019

Oliver Laxe :" Le cinéma est une invocation magique"

58 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de la sortie en salles de son troisième film « Viendra le feu », prix du jury "Un certain regard" au festival de Cannes 2019, le cinéaste nous parle de forêt où se dissoudre, de souffrance, de liberté et d'un cinéma qui doit transcender ses auteurs.

Oliver Laxe lors du festival de Cannes 2019
Oliver Laxe lors du festival de Cannes 2019 Crédits : Daniele Venturelli

Né en 1982, Oliver Laxe grandit entre la France, l’Espagne et le Maroc. Ses deux premiers longs métrages ont été récompensés au Festival de Cannes : Vous êtes tous des capitaines a reçu le prix FIPRESCI à la Quinzaine des Réalisateurs en 2010 et Mimosas a obtenu le Grand Prix de la Semaine de la Critique en 2016. Viendra le feu, son troisième film en salles le 4 septembre 2019 a reçu le prix du jury « Un certain regard » et le prix de la meilleure création sonore lors du Festival de Cannes 2019.

Dans une forêt de Galice, Oliver Laxe filme le retour dans son village d’Amador Coro, condamné pour pyromanie. Il y retrouve sa mère, Benedicta, et leurs trois vaches. Leurs vies s’écoulent au rythme apaisé de la nature, jusqu’au jour où un feu vient dévaster la région.

Oliver Laxe nous explique son rapport aux images: 

« Je considère que la relation entre une image et le métabolisme humain est très mystérieuse : il y a des images qui nous transforment, d’autres qui nous accompagnent ou nous habitent, ça peut être positif ou négatif, il y a des images qui nous éveillent et nous donnent de la chaleur, d’autres qui sont pernicieuses. Je crois qu’en tant qu’artiste, le processus créatif nous plonge dans des régions de notre être, de nos passions et de notre inconscient qui nous ramènent à certaines choses de l’ordre de l’inconscient collectif. Quand on s’abandonne, qu’on n’est plus auteur, quand on se vide, on devient une sorte de sismographe, l’outil de quelque chose de transcendant qui nous utilise pour exister. »

« En fait le cinéma commence quand on n’est plus là, c’est un art de la soumission. Ce qui est beau dans le cinéma, c’est qu’on ne peut jamais faire le film qu’on veut, traduire ses idées en images parce que la vie s’impose à nous. C’est très frustrant, ça nous fait souffrir, c’est la beauté de cet art, il y a toujours quelque chose qui nous transcende."

Il évoque également l'importance de la notion de liberté : 

« Dans mes films, je veux montrer un concept auquel je tiens beaucoup : celui de souveraine soumission que l’on peut définir ainsi : accepter qu’on n’est pas libre nous rend libre.  

Mon film est crépusculaire mais pas obscur, il montre un monde qui meurt, et ce n’est pas grave. Je suis assez déterministe, et pour moi, la fracture de l’être humain moderne, c’est qu’il croit qu’il est libre alors qu’il ne l’est pas. (…) Mes personnages souffrent, mais leur acceptation de la souffrance leur donne une place au bonheur, à la douceur de la souveraine soumission, ils sont libres. »

Le vrai défi épistémologique, c’est de parler de liberté. Quand on parle de genres, d’inadaptation de classes, de race, il faut toujours revenir à la notion de liberté. Je crois que la vraie inadaptation est spirituelle, il existe un désarroi intérieur profond : l’émancipation est liée à la liberté de l’âme."

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Archives

Marie-Pierre Grosjean, émission "Nuits magnétiques", France Culture, 1989

Raymond Depardon, émission "L’humeur vagabonde ", France Inter, 2008

Daniel Deshays, émission "Les passagers de la nuit ", France Culture, 2011

Andreï Tarkovski, émission "ACR ", France Culture, 2006

Références musicales

Vivaldi, Nisi dominus, psaume 126, interprété par Andréas Scholl

Tim Hecker, You never were

Prise de son

Pieric Monssigny

Vous pouvez écouter et/ou podcaster cet entretien en cliquant sur le lien ci-dessus

Intervenants

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