LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Orhan Pamuk

Orhan Pamuk : "Mes livres ne sont pas des compilations hasardeuses de mythologie"

1h
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de la parution de son dernier roman « La femme aux cheveux roux », aux éditions Gallimard, l'écrivain évoque le pouvoir autoritaire de son pays à travers la figure du père cruel, la teinture rousse comme symbole de liberté et l'importance de l'art pour se débarrasser des catégories.

Orhan Pamuk
Orhan Pamuk Crédits : @Francesca Mantovani

Le jeune Cem travaille l'été auprès d'un maître puisatier avant d'entrer à l'université. Il rencontre une troupe de comédiens ambulants et parmi eux, une femme rousse. Une histoire d'amour se noue entre eux. Mais un accident survient sur le chantier du puits et Cem retourne à Istanbul. Il n’aura de cesse de tenter d’oublier ce qui s’est passé. 

J’ai écrit ce roman en voyant que mon pays était en train de devenir un pays autoritaire, et j’avais cette histoire en tête depuis près de vingt ans. J’en ai beaucoup des histoires comme ça, il y en a que je n’écris jamais. Mais il m’a semblé que c'était une bonne histoire pour raconter ce qui se passe en Turquie.

Dans la mythologie islamique classique, le mythe qui est le plus illustré est celui où le père tue son fils, contrairement au mythe d’Œdipe. Il y a une symétrie entre ces deux mythes, et j’ai toujours eu cette idée d’en faire une comparaison. Le sujet des pères et des fils est un sujet qui m’intéresse. Le public contemporain s’identifie à Œdipe, loue son individualisme,  sa capacité à enfreindre les règles, à essayer d’échapper au verdict divin, alors que dans ma région du monde, nous continuons à honorer le père cruel qui finit par tuer son fils, c’est une façon de légitimer le pouvoir du roi et la continuité de l’état.

Si vous avez un bon puisatier qui vous trouve de l’eau, vous pouvez monter en classe sociale, la mobilité sociale commence comme ça: vous avez une maison, puis des arbres, de la vie,  grâce à l’eau. Pour moi, les puits ne sont pas uniquement une source de vie, mais ils sont aussi une source de littérature.

L’art et la littérature c’est se débarrasser des catégories que nous avons pour définir ce qui est intéressant et ce qui ne l’est pas. Il y a toujours des attentes par rapport à ce qu’est censé être un travail artistique ou littéraire. Mais en réalité, le but c’est d’oublier ces règles et de trouver quelque chose de neuf.

Nos pères sont au centre de nos vies, mais plus on approche ce centre de façon directe, plus on risque d’être écrasé. Tourner autour de la figure du père, inventer des histoires en tournant autour de cette figure centrale, faire des arabesques, des voyages, c’est ce que je défends avec cette lecture très naïve et très sentimentale. Un roman c’est quelque chose qui a un centre, et les pères sont aussi des centres.

Extrait

Œdipe roi, film de Pier Paolo Pasolini (1967)

Archive

Yannick Haenel, émission « L’heure bleue », France Inter, 2017 

Références musicales

Titi Robin & Michael Lonsdale, Retour

Catherine Hershey, Reviens

Iggy Pop, Les passantes

Bibliographie

Intervenants
  • Ecrivain, Prix Nobel de littérature en 2006
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......