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Dominique Fortier

Dominique Fortier : "Emily Dickinson m’a appris les vertus du regard lent et vrai sur les choses"

42 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir, nous nous entretenons avec l’écrivaine et traductrice québécoise Dominique Fortier, à l’occasion de la parution de son roman "Les villes de papier : une vie d’Emilie Dickinson", pour lequel elle a reçu le prix Renaudot-essai 2020.

Dominique Fortier
Dominique Fortier Crédits : Frédérick Duchesne

Qui était Emily Dickinson ? Plus d'un siècle après sa mort, on ne sait encore presque rien d'elle. Son histoire se lit en creux : née le 10 décembre 1830 dans le Massachusetts, morte le 15 mai 1886 dans la même maison, elle ne s'est jamais mariée, n'a pas eu d'enfants, a passé ses dernières années cloîtrée dans sa chambre. Elle y a écrit des centaines de poèmes - qu'elle a toujours refusé de publier. Elle est aujourd'hui considérée comme l'une des figures les plus importantes de la littérature mondiale.

À partir des lieux où elle vécut - Amherst, Boston, le Mount Holyoke Female Seminary, Homestead -, Dominique Fortier a imaginé sa vie, une existence essentiellement intérieure, peuplée de fantômes familiers, de livres, et des poèmes qu'elle traçait comme autant de voyages invisibles. D'âge en âge, elle la suit, et tisse une réflexion d'une profonde justesse sur la liberté, le pouvoir de la création, les lieux que nous habitons et qui nous habitent en retour. Une traversée d'une grâce et d'une beauté éblouissantes.

Emily Dickinson, 1847
Emily Dickinson, 1847

Extraits de l'entretien

De l’extérieur, on connaît à peu près tout d’Emily Dickinson. Mais, en fait, on ne connaît rien, parce que l’essentiel de sa vie ne s’est pas passée à l’extérieur. Très tôt, elle a refusé de sortir, d’abord, de son jardin, ensuite de sa maison, pour finir les dernières années de sa vie dans sa chambre. Mais, elle ouvrait sa fenêtre sur le monde, et ça me semble central dans le personnage de Dickinson. Alors que certains voient chez elle une figure très névrosée, et imaginent que, si elle a décidé de se retirer, c’est parce qu’elle avait subi un grave traumatisme, voire qu’elle était en proie à une maladie mentale, moi, au contraire, j’ai l’impression que son confinement était le fait d’une liberté de plus en plus grande et affirmée, et que ça ne l’empêchait pas d’être en rapport avec le monde. Au contraire, je pense que ça lui permettait une sorte d’attention et de présence au monde extrêmement concentrées. Dominique Fortier

La poésie d’Emily Dickinson est pour moi encore aujourd’hui unique et sans égale, mais je ne peux pas dire que c’est une influence littéraire, dont je me suis nourrie au fil des années. Je suis une prosaïque dans l’âme, je fréquente très peu la poésie. La poésie en anglais est une langue qui m’est doublement étrangère, puisque ma langue est le français et le roman. Mais, il y a chez Dickinson quelque chose qui transcende les genres, qui va au-delà de la poésie telle qu’on la conçoit au XIXe siècle. C’est quelqu’un qui ne s’encombrait pas des règles, et d’ailleurs, on lui a beaucoup reproché, notamment de faire des rimes qui n’en étaient pas vraiment, ou de ne pas suivre les structures habituelles de la poésie, mais moi, j’y vois là encore, une autre affirmation de de sa liberté : c’est quelqu’un qui n’avait absolument pas besoin du regard de l’autre. Dominique Fortier

Les biographies d’Emily Dickinson, faites par des biographes sérieux, du fait de leur sérieux même, laisse dans l’ombre la chose essentielle de son existence, à savoir, la part de création, la part d’âme. Et quand on se permet de faire un livre, qui n’est pas une biographie sérieuse, mais qui touche à la fiction, ça nous donne la liberté d’aller l’explorer autrement. C’est drôle, parce qu’il y a des gens qui me questionnent sur certaines scènes, en me demandant si je les ai inventées ou si elles ont réellement eu lieu, et en fait je ne sais plus. Ca veut dire que j’ai un peu réussi, et si j’ai réussi à me confondre moi-même, c’est que le mélange entre la narration d’une vie vraie et l’invention d’une vie, qui serait aussi vraie, mais pas selon les mêmes critères, fonctionne. Dominique Fortier

Lecture

Danièle Lebrun lit  La Solitude qu’on n’ose sonder  d'Emily Dickinson, issus du recueil Le Paradis est au choix, et traduit de l'anglais par Patrick Reumaux

Archives

Hélène Cixous, émission"Par les temps qui courent", France Culture, 2018

Pierre Tal Coat, émission "ACR", France Culture, 1978

Références musicales

Arvo Part, Solfegio

Jay Clayton & Kirk Nurock, Hope

Luciana Souza, We grow accustomed to the dark

Prise de son

Alex Dang

Intervenants
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation
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