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Portrait de Simon Boudvin

Simon Boudvin : "L'ailante est un arbre aux caractères surnaturels"

42 min
À retrouver dans l'émission

L'artiste en résidence à la villa Médicis à Rome fait un détour par Paris pour nous présenter son livre "Ailanthus Altissima, une monographie située de l'ailante", publié en février aux éditions B42.

Portrait de Simon Boudvin
Portrait de Simon Boudvin

Simon Boudvin a suivi pendant 10 ans le développement d’une essence d'arbres : les ailantes. L'espèce, considérée par de nombreuses réglementations comme exotique et envahissante, est présente sur tous les continents et fait partie de notre culture visuelle. Ne voulant pas isoler l'arbre de son environnement pour l'étudier, il a choisi un territoire : l’Est parisien, entre les communes de Bagnolet et Montreuil. Il partage dans ce livre monographique un extrait de son relevé photographique, complété par le récit de l’histoire, des voyages, de l’intégration et du rejet de l’ailante dans nos sciences et dans nos cultures. 

Feuille d’ailante à 29 folioles, reproduite à l’échelle 1:5.
Feuille d’ailante à 29 folioles, reproduite à l’échelle 1:5. Crédits : Simon Boudvin - Editions B42

L’exposition des pensionnaires de la Villa Médicis se déroulera à Rome du 18 juin au 8 août. La promotion actuelle se compose de 16 résidents, installés depuis septembre dernier qui quitteront la Villa en août prochain.

Situation 130 - 06.08.11 - 13 rue Sesto Fiorentino, Bagnolet.
Situation 130 - 06.08.11 - 13 rue Sesto Fiorentino, Bagnolet. Crédits : Simon Boudvin - Editions B42

Extraits de l'entretien

Jeune, il s’agit d’une plante généreuse avec de grandes feuilles composées de six à vingt folioles avec une supplémentaire à l’extrémité. Des folioles avec une face supérieure plutôt sombre et brillante, inférieure plutôt claire. Elle s’attache régulièrement directement sur une tige et la plante jeune ne produit pas de ramifications, ce qui lui donne des allures de palmier. Les Américains l’appellent le « ghetto palmtree ». Souvent les gens ne savent pas que c’est un arbre qui devient grand, et c’est là son nom Ailanthus Altissima, il prend une écorce grise, régulière, très lisse et quelques ramifications assez souples et il atteint des hauteurs très rapidement, il peut dépasser vingt mètres en quinze ans. Simon Boudvin

Je ne savais pas du tout ce que j’allais faire dans ce quartier où je m’installais et là, je commençais une série, pas spécialement une série de photos, mais explorer mon quartier. Et il est apparu sur plusieurs clichés et j’ai commencé à les numéroter en numérotant les fichiers des photographies numériques. Puis je les ai cartographiés, je suis retourné les voir en m’amusant de les voir survivre après des coups ou de les voir s’installer ou se déplacer légèrement d’une coupe à l’autre. C’est une histoire qui a duré ensuite 10 ans. Simon Boudvin

On les surveille davantage aujourd’hui, et plus le territoire est maîtrisé, moins on les trouve puisque ce sont des espèces spontanées. Il faut leur laisser la place et lâcher prise sur la maîtrise de la ville pour qu’ils trouvent leur espace. Simon Boudvin

Il est surprenant pour ça : on peut trouver un terrain qui paraîtrait idéal pour que des plantes puissent s’épanouir et on va trouver un autre coin crasseux, ces coins qui sont des espaces résiduels eux-mêmes, où l’on va abandonner un sac de gravas ou une étagère démembrée, graffiti et tracs collés, c’est là où l’on trouve assez systématiquement des ailantes. En fait, il explore plusieurs typologies comme ça en ville : des angles, des limites, l’épaisseur des limites entre public et privé, sur les grilles, le moindre talus et jusqu’aux moindres fissures entre deux matériaux : entre le goudron d’une chaussée et le sous-bassement en béton d’un bâtiment. Simon Boudvin

Archives

Thierry Gonthier, émission "Nuits magnétiques", France Culture, 1994 

Gilles Clément, émission "Dépaysage", France Inter, 2002

Lecture d'un extrait du livre "Ailanthus Altissima, une monographie située de l'ailante" par Céline du Chéné

Philippe Jacquier, émission "Regardez voir", France Inter, 2018

Références musicales

Philippe Katerine, "Les plantes"

Juliette Gréco, "Sur l'arbre mort"

Prise de son

Jean-Ghislain Maige

Intervenants
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation

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