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Nicolas Frize

Nicolas Frize : "Le sujet, c'est mon sujet"

48 min
À retrouver dans l'émission

Nous recevons le compositeur Nicolas Frize pour évoquer le nouveau volet de son projet "Impressions d'être". Une composition musicale originale, fruit d'une résidence artistique à Direction de l'Information Légale et Administrative, à Paris.

Nicolas Frize
Nicolas Frize Crédits : Michel Labelle

De la longue résidence de Nicolas Frize dans l’imprimerie et le bâtiment de la Dila (Direction de l'Information Légale et Administrative)  durant la saison 2019/2020, est née « Impressions…d’être… », sous la forme de cinq représentations musicales qui seront données les 26 et 27 septembre 2020. La proposition prend la forme d’une déambulation : le public est invité à visiter, dans les bâtiments, cinq espaces distincts dans lesquels sont proposées des formes musicales courtes interprétées par près de 70 musiciens professionnels et amateurs, des salariés du site, des élèves du conservatoire de Saint-Denis, des étudiants du lycée Claude-Garamont de Colombes et du lycée Germaine-Tillion du Bourget. Des scénographies de papier, des installations graphiques sont pensées pour offrir d’autres points de vue sur les diverses thématiques travaillées et évoquées.

Installation de Nicolas Frize  dans le bâtiment de la DILA, 2020
Installation de Nicolas Frize dans le bâtiment de la DILA, 2020 Crédits : Nicolas Frize

Extraits de l'entretien

Ma démarche, certes un peu singulière, consiste à arriver quelque part sans sujet, sans projet, dans une sorte d’errance, et dans l’ignorance la plus garantie. Je ne viens pas là pour instrumentaliser les gens avec mes idées personnelles, mes fantasmes ou mes envies. Je viens pour quérir la substantifique moelle de mon époque sur des sujets particuliers. Quand j’étais à l’hôpital, je venais pour réfléchir au rapport entre culture et soin, quand je vais en prison, c’est la question de l’enfermement qui me mobilise. Là, dans le bâtiment de la DILA (Direction de l'Information Légale et Administrative), je rentre dans cette question de l’impression. Il me semble que l’impression et l’être ont beaucoup à voir ensemble, que l’on existe par l’impression, et que l’impression produit de l’être, du rassemblement d’êtres. Nicolas Frize

Jeune, j’ai assisté à un festival de musique contemporaine, C’était l’antichambre des expérimentations contemporaines bien avant l’ordinateur. En entendant ça, je me suis dit qu’il se passait des choses dans mon époque, qui faisaient exploser la rationalité. Je voyais que tout d’un coup, on s’intéressait à la matière, et qu’en même temps que la peinture devenait non figurative, la musique devenait concrète, entre le microscope électronique et les télescopes, on commençait tous à réfléchir à partir de la matière. Mes oreilles se sont ouvertes, non pas au récit, (j’ai d’ailleurs beaucoup de mal avec le théâtre) mais aux formes. J’entends les sons, les matières, les timbres, les déroulements, les structures, mais je n’entends pas beaucoup le sens. En fait, j’ai une mémoire défaillante, parce que je n’écoute pas toujours les contenus, et que je suis pris par les flux et les reflux des écoulements. Nicolas Frize

Installation de Nicolas Frize dans le bâtiment de la DILA
Installation de Nicolas Frize dans le bâtiment de la DILA Crédits : Nicolas Frize

La musique, c’est quelque chose de non figuratif, de non sémantique, beaucoup de musiciens développent des aptitudes à s’intéresser à ces organisations sonores qui relèvent du sensible, des formes, des structures. La musique est très concrète, mais on parle de choses ressenties : des tensions des détentes, ou des granulations. Nicolas Frize

Je suis dans un rapport au réel qui est toujours un peu ambivalent, en fait, j’entends des corps. Je pense que la relation physique, qui n’est pas liée qu’au corps, mais aussi à la façon dont les corps sont pris dans l’espace, les acoustiques, la lumière. Pour moi, la vie est d’abord organique, et tous les outils qui nous désorganisent me posent problème. Nicolas Frize  

Il faut arrêter de stigmatiser et de généraliser. Il n’y a que des personnes uniques, qu’il est impossible d’étiqueter ou communautariser, et ce qui m’intéresse c’est le sujet : le sujet est mon sujet. Je me bats pour qu’on ne me transforme pas en objet, c’est pour ça que je ne fais pas de disque, que je n’enregistre pas mes concerts et que je ne diffuse pas mes partitions. J’ai une relation physique avec des personnes en concert, après je disparais et je laisse la place à un autre musicien : je n’ai pas à perdurer. Je suis quelqu’un de l’instant, qui va partir, puis disparaître, laisser la place, et créer du souvenir. Je veux laisser les gens faire ce travail de transformation du souvenir, au lieu que ce soit la trace qui fige leurs souvenirs. Il n’y a plus de trace, donc je suis obligé de fournir moi-même le souvenir de la trace : les gens racontent mes concerts, et comme ça la chaîne humaine continue. Nicolas Frize

Archives

"Le sens de la nuit", émission "ACR", France Culture, 1996

Claudine Nougaret, émission "Par les temps qui courent", France Culture, 2020

Paul Coxe, émission "Par les temps qui courent", France Culture, 2017

Références musicales

Nicolas Frize, Impressions …d’être, micro montage 

Nicolas Frize, Impressions d’être, Un instant

Maj Ratkje, Voice

Prise de son

Julien Calvas

Intervenants
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation
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