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Emmanuel Guy

Emmanuel Guy : "Si on a la force de son côté on n’a pas besoin de stratégie. La stratégie est faite pour ceux qui risquent de perdre."

42 min

Ce soir, nous recevons Emmanuel Guy à l’occasion de la parution de son ouvrage « Le jeu de la guerre de Guy Debord » publié aux Éditions B42.

Emmanuel Guy
Emmanuel Guy

À travers cet ouvrage Emmanuel Guy, Historien de l'art et du design, nous invite à nous replonger dans la pensée du situationniste Guy Debord. Du milieu des années 1950 aux années 80, le théoricien élabore un jeu de plateau, le Jeu de la Guerre, où l'objectif est d'anéantir son adversaire en éliminant toutes ses unités ou en détruisant ses arsenaux. Le jeu, la stratégie comme moyen d'articuler sa pensée est un des moyens directs de mise en pratique de la théorie. Emmanuel Guy cheminant avec nous, fait le pont avec le domaine du design qui lui aussi doit obéir à des règles de distribution, de production et d'utilité pratique.

Extraits de l'entretien

Debord refuse ce qualificatif de théoricien au sens où il ne voudrait pas que ses théories restent lettre morte et il lui semble important de toujours lier théorie et pratique et c’est ce qu’est la stratégie finalement : le lieu où, pour reprendre une métaphore de Clausewitz, la théorie et la réalité rentrent en friction. Et la stratégie pour Debord c’est l’art d’adapter ses projets à des contextes, à des circonstances et les faire évoluer. Il a bien conscience aussi que les théories, comme les pratiques d’ailleurs, n’ont qu’un temps et sont faites pour mourir dans la guerre du temps et ça c’est une remarque importante pour Debord, celle d’espérer très fort que lui-même et ses idées ne seront pas fétichisées, ne seront pas réduites à un corpus de doctrines et que d’autres après lui s’emploieront à les adapter, à la remettre au goût du jour, à les réviser aussi. C’est ce qu’il a fait lui-même toute sa vie avec le détournement qui était une manière de remettre en jeu ce qui avait été écrit en modifiant ici un mot, là un bout de phrase pour leur redonner sens au présent. Ce jeu a l’avantage de n’être ni un texte ni des images qui pourraient perdre de leur actualité. D’être un espace, un objet à jouer et c’est ça qui fait aussi qui fait son intérêt. Emmanuel Guy

Avec le jeu on ne parle pas tellement de Debord, on s’exerce à la stratégie.      
J’ai organisé avec quelques camarades des ateliers de fabrication et de jeu du Jeu de la guerre et ce qui était fascinant c’est que parfois les colloques ou les réunions autour de Guy Debord et des situationnistes se terminent en dialogues un peu vains sur qui connaîtra le mieux Guy Debord et les détails de son existence ou de ses théories. Là avec le jeu de la guerre, deux personnes jouaient du Guy Debord au lieu de le lire ou de le commenter et réfléchissaient à ce qu’est une offensive, une contre-offensive, avoir une approche défensive et c’est là une manière de lire et d’approcher Debord qui me paraissait importante. Et d’une certaine manière potentiellement en prise avec l’actualité, avec ce qui nous arrive, avec les luttes dans lesquelles on peut se trouver les unes et les autres. Emmanuel Guy

Je crois qu’une des vertus de ce jeu est de nous rappeler à travers la médiation de ce plateau, cette espèce de fiction d’une guerre supposément classique XVIIIème, ce qu’est une attaque frontale, latérale, oblique, ce que c’est qu’être attaqué ou attaquer soi-même, de manière préventive ou en réponse à. Tout cela nous place dans une position conflictuelle, nous fait penser à la violence, celle que l’État, de manière plus ou moins légitime, exerce sur nous mais aussi celle que l’on pourrait exercer contre lui. Le jeu nous rend producteurs en puissance, ou en tout cas acteurs en puissance, nous fait ce rappel-là de ce qui hélas n’est plus une évidence : on peut agir sur le cours de l’Histoire. Emmanuel Guy

Archives

Enzo Mari, émission "Question d'objet", France Culture, 2002.

Extraits

In girum imus nocte et consumimur igni, Guy Debord, 1981.

Prise de son

Jean Frederix

Générique de fin

Michel Corrette - Sonate en D Majeur - Les délices de la solitude

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