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Charles Pennequin

Charles Pennequin : "L’écriture ça ne se fait pas dans la tête, ça se fait dans la bouche, dans les doigts, ça se fait avec des extensions de nous-même."

42 min

Charles Pennequin vient ce soir nous parler de "Père ancien", recueil de poèmes qu'il publie chez P.O.L. comme une ode au père, à la famille.

Charles Pennequin
Charles Pennequin

Charles Pennequin, poète et performeur nous offre Père Ancien publié chez P.O.L. Composé de dix-huit poèmes écrits sur une vingtaine d'années, l’ouvrage mélange langue quotidienne, souvenirs et nostalgie pour évoquer la figure du père et interroger nos liens familiaux.

Extraits de l'entretien

Il y a des paroles mais est-ce que ce sont les miennes ? Pas forcément, c’est ce que j’ai réussi à capter, à accrocher dans ce qui passe, dans cette bande passante du vivant. J’ai accroché des choses, des pensées et j’en ai fait mon écriture, j’en ai fait une danse personnelle, une gesticulation de la langue. Charles Pennequin

Le livre ça bloque, ça bloque le lecteur, ça bloque les gens. Le livre est devenu un dogme, un mausolée, un cimetière. C’est un cercueil un livre, on n’ose pas l’ouvrir. Il y a plein de gens qui ont peur des livres. Pour ma part, ça me paraissait logique de publier dans l’air, à l’air libre et que ça circule dans l’espace, que ça traverse des corps. L’écriture est un bloc, la parole est un bloc. Moi je n’ai jamais compris la parole au fond, dans le sens : exister face à la parole. Exister face à ce qui se parle, face au tout-venant des mots. Moi je ne sais pas ouvrir la bouche et parler et penser. Charles Pennequin

En prose j’ai tendance à faire des répétitions, à tourner autour d’une phrase ou d’un mot, à revenir dessus, à rigoler dessus en fait. Les poèmes comme ceux-là c’est plutôt la disparition, le resserrement, c’est plutôt cerner une sorte d’image, comme un spot qu’on allume dans la nuit. On tourne autour et on enlève, on retire, on gratte. Et j’aime la surprise du dernier vers comme si, paf, ça arrivait comme ça, alors qu’en fait on pourrait penser que ce n’est pas la fin, comme une surprise de coupure. C’est la coupure qui m’intéresse dans le poème. Et en prose c’est la fin aussi qui m’intéresse, comment je termine. C’est résister à la fin, résister à ce moment là où l’on va arrêter d’écrire et c’est un peu chiant. C’est tout un compromis, c’est une respiration et en même temps on est dedans, c’est comme faire du vélo mais avec l’esprit, avec sa tête. Mais à un moment donné on perd du souffle aussi ou peut-être qu’on trouve une phrase qui peut faire que ça s’arrête. C’est la jouissance je veux dire le parler, le problème c’est qu’on ne jouit pas, on ne veut pas jouir en parlant. Tout le monde peut danser avec la parole, tout le monde pourrait chanter, on pourrait expliquer en chantant et non, on veut assécher le parler. Charles Pennequin

Archives

Edith Azam, émission "Ça rime à quoi", France Culture, 2008.

Christian Prigent, émission "Du jour au lendemain", France Culture, 2013.

Prise de son

Cindy Legrumelec

Générique de fin

Urban Village - Ubaba

Bibliographie

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