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Autoportrait

Dominique Cabrera et Isabel Bisson-Mauduit : "Le cinéma c’est tisser quelque chose avec l’autre : la personne qu’on filme et puis l’autre en nous."

42 min
À retrouver dans l'émission

La réalisatrice Dominique Cabrera, accompagnée de l'artiste plasticienne Isabel Bisson-Mauduit, nous présentera son exposition "Souvent, il arrive que...broder" qui aura lieu à Montreuil à l'occasion des journées européennes des Métiers d'Art les 11, 12, 13 et 19 et 20 juin prochains.

Autoportrait
Autoportrait Crédits : © Dominique Cabrera

Dominique Cabrera s'inscrit dans une lignée de femmes qui brodent. Mais comme sa mère brodait les fils et les vêtements, Dominique Cabrera brode des récits avec des morceaux de pellicule. En observant et en interrogeant les femmes autour d'elle, elle réunit des brodeuses qu'elle choisit d'exposer dans l'espace public de Montreuil.

Dominique Cabrera et Isabel Bisson-Mauduit, et leurs deux objets brodés : le pantalon rouge garance de la première guerre et le porte-aiguille de Monique Cabrera
Dominique Cabrera et Isabel Bisson-Mauduit, et leurs deux objets brodés : le pantalon rouge garance de la première guerre et le porte-aiguille de Monique Cabrera Crédits : Crédits Anna Holveck et Dominique Cabrera

Elle convoque dans cette exposition le travail de 11 brodeuses passionnées, amatrices ou professionnelles : Marine Ballestra, Nadja Berruyer, Isabel Bisson-Mauduit, Monique Cabrera, Aude Cotelli, Fabienne Couderc, Anouk Grinberg, Valérie Ménec, Lili Rojas, Valérie Rouzaud et Sophie Wahnich. Ainsi que le travail de scénographe de Raymond Sarti et de Lorenzo Marcolini aux lumières.

Portrait Isabel Bisson-Mauduit
Portrait Isabel Bisson-Mauduit Crédits : Crédits Dominique Cabrera

En studio c'est l'artiste plasticienne Isabel Bisson-Mauduit qui a accepté d'accompagner la réalisatrice pour parler de ses ouvrages et de sa pratique de la broderie.

Extrait du catalogue de l'exposition "Souvent il arrive que...broder"
Extrait du catalogue de l'exposition "Souvent il arrive que...broder" Crédits : Editions excès, collection voix publique

Cette exposition fait partie d'un travail préparatoire au film de fiction que prépare la réalisatrice avec Yolande Moreau et Hélène Vincent.

Extraits de l'entretien

Ça m’a beaucoup frappée quand j’ai commencé à monter, à couper dans les textes, car on écrit beaucoup quand on veut faire des films, de voir comment ceci était relié à un savoir que m’avait transmis ma mère et mes grand-mères avec la couture. Peut-être plus avec la couture et la reprise qu’avec la broderie, c’est-à-dire qu’elles étaient assez peu à l’aise avec l’écrit, en tout cas pas du tout sur mon terrain, mais avec les patrons, avec le fait de couper, faire un plan dans le tissu presque sans y penser, dans l’inspiration, elles avaient ça en tête. Là, j’ai vu qu’au fond j’avais ce savoir familial qui pouvait être comme un savoir dont j’avais hérité et dont je pouvais me servir dans ce territoire qui socialement était tellement loin d’elles. Et ça a été très précieux quand j’ai compris ça.                        
Dominique Cabrera

Je couds à la machine et je brode à la main. C’est comme ça que j’essaie de parler du travail. Je couds avec une machine tout à fait domestique et ordinaire à un point droit et j’utilise beaucoup la pédale, je me bagarre beaucoup avec la machine, je suis en lutte : je la laisse me maîtriser, je la maîtrise. Je fais une sorte de danse avec ma machine pour travailler les grands formats surtout, mes forêts et mes bois. Et quand je casse mes aiguilles tellement j’ai fait souffrir mes machines, je les laisse se reposer et je me repose moi-même en m’asseyant et en prenant du fil et en brodant à la main.                        
Isabel Bisson-Mauduit

Broder des mots, c’est quelque chose de beaucoup utilisé dans la broderie aujourd’hui. Ça commence par broder des initiales. Dans l’armoire de ma maman, il y a des initiales des draps brodés de mes grand-mères, des serviettes. En brodant leurs trousseaux, les femmes se faisaient, même si elles n’avaient pas d’argent, quelque chose de magnifique et de luxueux, quelque chose qui était à leur portée, il suffisait d’y passer du temps et on avait quelque chose de très beau qu’elles n’auraient jamais pu s’acheter. Ça, c’est un point de départ très précieux. Et beaucoup des brodeuses qui sont dans l’’exposition ont utilisé des mots, par exemple Marine Ballestra qui brode des poèmes ou Sophie Wahnich qui a brodé sur de la toile de jouy des phrases de la révolution, des phrases de Saint-Just, et puis des mots sur l’égalité, sur ce qui comptait pour les hommes et les femmes de cette époque-là.                        
Dominique Cabrera

C’est arrivé avec la poussière. Je suis une grande fan de Duchamp qui collectait la poussière et moi je l’ai collectée dans mon sèche-linge. J’ai commencé à faire des pierres de poussière parce qu’à force de faire des lavages, de sortir le linge, de l’étaler, de le plier, de le ranger, toutes ces tâches domestiques qui m’ennuyaient terriblement, j’ai commencé à récupérer cette poussière et à voir comme c’était beau et comme c’était sensible et intime. Et j’ai commencé à collecter ces pages de poussière en me disant « Peut-être je les utiliserais un jour, peut être que ça deviendra quelque chose ». C’est ce qu’on trouve dans les filtres du sèche-linge, ça fait comme un feutre, comme une sorte de palimpseste de couches qui créent des paysages incroyables avec des camaïeux de gris ou de couleurs en fonction des machines et des couleurs des machines. Avec beaucoup d’intime parce qu’il y a tous les cheveux, les poils, les poils de chat, les petits morceaux de couleur de papier qui se trouvaient dans les poches probablement. Et je brode des mots avec du fil de laine à repriser dans cette matière légère, délicate et à la fois qu’on chasse.                        
Isabel Bisson-Mauduit

Archives

Monique Cabrera, enregistrement personnel de Dominique Cabrera diffusé dans l'espace de l'exposition.

Christian Dior, émission "Journal parlé", RDF, 1955

Annette Messager, émission "Boomrang", France Inter, 2016

Références musicales

Feist, "Tout doucement"

Chapelier fou, "Le tricot"

Prise de son

Jakez Hubert

Bibliographie

Souvent il arrive que...

Souvent il arrive que...broder CollectifEditions Excès - Collection Voix Publique, 2021

Intervenants
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation

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