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Eléonore Weber

Eléonore Weber : "La puissance de voir mène à halluciner le réel"

43 min
À retrouver dans l'émission

Pour la sortie en salle ce jour du film "Il n’y aura plus de nuit", nous recevons sa réalisatrice Eléonore Weber.

Eléonore Weber
Eléonore Weber Crédits : Mathias Raaflaub

Eléonore Weber est autrice, metteuse en scène et réalisatrice. Sa démarche s’est jusqu’ici inscrite dans la double exploration des langages scénique et cinématographique. Pour le cinéma, elle réalise en 2005 Temps mort, puis en 2007 Les Hommes sans gravité. Elle réalise en 2012 pour Arte un documentaire écrit avec Patricia Allio : Night Replay où elles se sont intéressées aux migrants mexicains du village d'Alberto qui mettent en scène le passage illégal de la frontière américaine comme un jeu.

Il n'y aura plus de nuit - Perspective Films - 2021
Il n'y aura plus de nuit - Perspective Films - 2021 Crédits : Eléonore Weber

Avec son nouveau film Il n'y aura plus de nuit, la réalisatrice emprunte et détourne des vidéos d'hélicoptères de guerre, disponibles sur youtube, pour mettre en valeur la violence saillante de nos sociétés de surveillance.

Il n'y aura plus de nuit - Perspective Films - 2021
Il n'y aura plus de nuit - Perspective Films - 2021 Crédits : Eléonore Weber

Le film utilise la langue du montage, accompagné d'un commentaire lu par la comédienne Nathalie Richard et se sert d’images des armées française et américaine captées en Irak et au Pakistan. Une réflexion sur les images de guerre mais aussi sur la surveillance dans nos sociétés contemporaines. A partir de quel instant l’œil devient-il une arme ?

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Extraits de l'entretien

L’idée est venue des images elles-mêmes. Avec Patricia Allio, nous nous demandions si nous n’allions pas faire quelque chose sur ces guerres-là, sur la façon dont elles sont occultées. On a lu, on a regardé un certain nombre de documents et nous sommes tombées sur ces images. Et à partir de ce moment-là, j’ai repris le projet en mettant hors champ la question géopolitique parce que ces images m’interrogeaient en tant qu’images. Tout de suite, je me pose la question : Est-ce que ce sont des images ? Ou est-ce que ce sont ce que [Harun] Farocki appelait des images purement opératoires ? Donc qui ont une unique fonction d’accomplissement de la mission. Ou est-ce qu’elles ont des propriétés esthétiques qui font qu’on peut les regarder comme on regarderait des images de cinéma ? Moi, il m’a semblé qu’on le pouvait, qu’on le devait même. Eléonore Weber

La caméra et le viseur se confondent et se distinguent. D’ailleurs, il y a un étroit couplage entre le casque du pilote, la caméra et le canon, on peut penser que dans cet étroit couplage il n’y a plus de possibilité de regard justement, que le pilote est totalement englouti dans l’agir, dans son obligation de tirer, de surveiller. Moi j’ai cru déceler dans de nombreuses séquences que parfois, le pilote regardait, observait, cadrait, faisait même des plans et que la caméra régulièrement se détachait du viseur. Le film construit cette évolution, ces va-et-vient, entre le moment où on est uniquement dans le viseur qui tire et qui est menaçant et le moment où cette caméra, ne devient pas une caméra comme une autre, elle ne peut pas être une caméra comme une autre, mais devient néanmoins une caméra, un œil qui regarde et qui désire voir. Eléonore Weber

Étant donné qu’on est dans l’œil du viseur, le risque était d’assigner le spectateur, en montrant ces images, à la place du tueur. De celui qui vise et qui tue. Tout le travail consistait à le libérer de temps à autre de cette assignation-là pour lui permettre de penser, pour ouvrir un espace critique. Donc mon choix a été d’ajouter des regards au sien, d’ajouter le mien, d’ajouter celui du pilote et de dialoguer. De permettre un dialogue entre nos deux regards et ça me semblait intéressant puisque le mien est profane, je regarde ces images comme si c’était des images et lui comme un simple instrument. Eléonore Weber

Archives

Grégoire Chamayou, émission "Place de la toile", France Culture, 2013

Christa Blumlinger, émission "Surpris par la nuit", France Culture, 2003

Anonyme, émission "Nuits magnétiques" du mardi 12 Novembre 1991, France Culture

Extraits du film "Il n'y aura plus de nuit" réalisé par Eléonore Weber, Perspective Films, 2021

Références musicales

Ghédalia Tazartès, « Elle eut des étouffements aux premières chaleurs quand les poiriers fleurirent » 

Juliette Armanet, "La nuit"

Prise de son

Dali Yaha

Bibliographie

Affiche Il n'y aura plus de nuit

Il n'y aura plus de nuitEléonore WeberPerspective Films/UFO DIstribution, 2021

Intervenants
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation

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