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Pierre Jourde en 2012

Pierre Jourde : "C'est bien parce qu'une chose est impossible, qu'elle est réelle"

1h
À retrouver dans l'émission

A l’occasion de la parution de son livre "Le voyage de canapé-lit", aux éditions Gallimard, l'écrivain se pose, et nous pose des questions: qu'est-ce que la réalité, où sommes-nous vraiment, pourquoi brutalise-t-on les choses, et la parole est-elle vraiment libératrice?

Pierre Jourde en 2012
Pierre Jourde en 2012 Crédits : Ulf Andersen / Aurimages - AFP

Au décès de sa mère, une fille unique hérite d'un canapé-lit particulièrement laid. Elle charge ses deux fils et sa belle-fille de transporter la relique depuis la banlieue parisienne jusque dans la maison familiale  en Auvergne.  Durant cette traversée de la France en camionnette, les trois convoyeurs échangent des souvenirs où d'autres objets, tout aussi dérisoires et encombrants que le canapé, occupent une place déterminante.

J’ai eu envie d’écrire en étant saisi par l’étrangeté de la présence d’un objet, plus que par la présence d’un être humain. Les objets sont toujours et partout eux-mêmes, contrairement à un être humain. D’une certaine manière, c’est plus simple à déplier un être humain, il a déjà ce dépli en lui. En ce qui concerne les objets, il n’y a pas de saisie, et c’est pour ça qu’ils nous renvoient beaucoup plus fondamentalement au mystère de la présence. Le propos de ce livre est une sorte d’ontologie pour rire.

Dans le livre, le personnage de ma mère est une espèce de condensé entre une tradition d’avarice sordide, qui est celle de tous mes grands-parents et aïeux, et de générosité complètement désordonnée qui pouvait tomber sur n’importe qui, comme une grâce divine.

Je fais dans ce livre, tout ce que j’ai toujours détesté en littérature : je raconte des anecdotes, de petites histoires closes sur elles-mêmes et qui apparemment ne renvoient à rien d’autre. Mais en fait, il y a deux choses qui s’entremêlent dans ce récit : d’une part le voyage, qui est une incarnation de la fatalité génétique et sociale, c’est un voyage de retour, un voyage dans le passé qui n’avance pas, et d’autre part, il y a tous les autres voyages, qui sont comme des échappées à cette fatalité. En réalité, on s’aperçoit que tous ces voyages sont contredits en en même temps absorbés par ce voyage unique, qui finit par rassembler les personnages dans cette même quête qui est : où est-ce que je suis ? Où est-ce que je peux rencontrer enfin quelque chose, dont je puisse dire que c’est la réalité ?

Il y a un double effet de la parole : si on est psychanalyste, on pense que la parole est libératrice, qu’elle va installer un espace où les choses sont mises en jeu de façon différente, donc, en mettant sa névrose dehors, tout d’un coup elle va devenir autre chose. En même temps, la parole est aussi un enfermement, parce qu’une fois qu’elle est prononcée, elle devient une nouvelle réalité à laquelle on s’accroche.

Quand j’ai commencé à écrire, je pensais que j’étais une sorte d’idéaliste, quasiment un formaliste mallarméen, et je me suis aperçu que ce que j’écrivais, presque malgré moi, pouvait être brutal. Je ne peux pas m’empêcher de tester la réalité pour voir si elle existe. La réalité, c’est un peu comme cogner à une porte, est-ce qu’il y a quelqu’un ? L’essence même du romanesque est d’être critique.

Archives

Alain Satgé, émission "Du jour au lendemain", France Culture, 2003

Pierre Patrolin, émission "Hors champs ", France Culture, 2015

Maria Pourchet, émission "Par les temps qui courent", France Culture, 2019

Références musicales

Philippe Katerine, Les objets

Xavier Garcia, Réglage stéréo

Bertrand Belin, Ne sois plus mon frère

Marion Cousin & Gaspar Claus, Le comte de raixa

Prise de son

Alain Joubert et Antoine Hesprel

Bibliographie

Intervenants

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