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Pierre Senges

Pierre Senges : "Le rire, c'est une compatibilité d'humeur entre une réflexion et l'humour"

59 min
À retrouver dans l'émission

Nous accueillons l'auteur dont le dernier roman "Projectiles au sens propre" paraît, comme neuf de ses précédents livres, aux éditions Verticales.

Pierre Senges
Pierre Senges Crédits : C.Hélie/Gallimard

En 58 fragments, l'ouvrage de Pierre Senges constitue une minutieuse enquête autour de la tarte à la crème. A partir d'une citation de Stan Laurel évoquant un court-métrage intitulé La bataille du siècle (1927), dans lequel Laurel et Hardy enchaînent les entartages, l'auteur propose un retour aux sources comiques du cinéma muet en même temps qu'un traité de sémiotique.

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Extraits de l'entretien

Le cinéma burlesque tend à certains moments à prendre des formes dont on a moins l'habitude. A notre époque, on va peut-être plus jouer sur l'efficacité d'un dialogue, mais l'absurdité peut être drôle, à condition de s'y vautrer et de jouer avec une situation qui hésite entre le vraisemblable et l'invraisemblable, le justifié et le non-justifié. Il y a parfois des gestes de Stan Laurel qui sont très drôles, parce qu'ils marquent le retour de la raison dans ce déchaînement burlesque. Tout d'un coup, apparaît une pensée rationnelle dans ce monde qui ne l'est absolument plus : ce n'est plus le burlesque qui est drôle, mais cette pensée logique.

Ce qui me plaît dans cet objet qu'est la tarte à la crème et sur lequel je m'interroge, c'est que c'est à la fois un projectile assez agressif, mais c'est aussi par nature, le contraire du projectile, un objet d'offrande et de douceur; Cela a aussi contribué à son succès. Il y a eu d'autres batailles d'objets, notamment de nourriture ou de chaussures dans le cinéma muet burlesque, mais c'est la tarte à la crème qui est devenue symbolique à cause justement de cette double nature : être un objet de douceur dont on se sert absurdement comme d'objet de vengeance. 

Le cinéma burlesque et le cinéma comique en général m'inspire un très grand respect, parce que c'est un cinéma extraordinairement compliqué et difficile à faire. La sanction pour la comédie arrive rapidement et de façon très cinglante : si ça ne marche pas, on ne rit pas, on ne peut pas apprivoiser lentement le spectateur, de même que le spectateur ne peut pas apprivoiser lentement un cinéma comique. Il faut que ce soit un accord immédiat, et ça se joue à deux secondes près. Les grands comiques sont des artistes de l'enchaînement et du tempo. Ce qui me touche, c'est que, proportionnellement, la reconnaissance n'est jamais à la hauteur de la difficulté de ce travail. 

Archives

Petr Kral, émission "Le cinéma des cinéastes", France Culture, 1985

Eric Chevillard, émission "Les mardis littéraires", France Culture, 2003

Jorge Luis Borges, émission "A voix nue", France Culture, 1978 

Valère Novarina, émission "Du jour au lendemain", France Culture, 2013

Références musicales

Teresa Stratas, Youkali tango

Prise de son

Alain Joubert

Vous pouvez écouter et/ou podcaster cet entretien en cliquant sur le lien ci-dessus

Bibliographie

Intervenants

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