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Claudine Nougaret, , Film Paris, 1997

Claudine Nougaret : "Un jour j'ai senti que mes oreilles s'ouvraient"

58 min
À retrouver dans l'émission

Depuis 1987, l'ingénieure du son Claudine Nougaret et le photographe Raymond Depardon réalisent des films ensemble, elle au son, lui à l'image. Jusqu'au 15 mars 2020, La BNF lui rend hommage, à travers l'exposition "Claudine Nougaret, dégager l’écoute. Le son dans le cinéma de Raymond Depardon".

Claudine Nougaret, , Film Paris, 1997
Claudine Nougaret, , Film Paris, 1997 Crédits : Raymond Depardon ©Magnum Photos

Depuis plus de 30 ans, Claudine Nougaret et Raymond Depardon construisent un cinéma qui leur est propre. Le duo de créateurs, qui s’est attaché à dresser un portrait visuel et sonore de la France, a souhaité livrer à la postérité cette matière exceptionnelle en faisant don de leurs archives filmiques à la Bibliothèque nationale de France (BNF). L'occasion pour l'institution de consacrer une exposition au travail de Claudine Nougaret dans toutes ses dimensions. "Claudine Nougaret, dégager l’écoute. Le son dans le cinéma de Raymond Depardon" se déroule à la BNF jusqu'au 15 mars 2020.

Claudine Nougaret et Sandrine Bonnaire, Film La captive du désert, Niger, 1989
Claudine Nougaret et Sandrine Bonnaire, Film La captive du désert, Niger, 1989 Crédits : Raymond Depardon ©Magnum Photos

Extraits de l'entretien

Pour dégager l'écoute, il y a beaucoup de technique derrière. Il faut recueillir cette précieuse voix qui est offerte, qui est comme un talisman et à laquelle il faut donner corps. Pour cela, il faut beaucoup de matériel, et beaucoup de réflexions techniques au préalable. L'écoute, ce n'est pas uniquement la parole, c'est aussi la gestuelle, l'égard par rapport aux gens. Il y a des moments où on écoute bien et d'autres où on écoute mal : on n'est pas toujours prêt à écouter les autres. Apprendre à écouter, ça se travaille, c'est comme pratiquer un instrument de musique, il faut une éthique et une volonté. 

Moi je fais du son, pour et avec une image, je ne fais pas du son en soi. Je suis dans la démarche de raconter une histoire en même temps que l'image : c'est ma passion et  c'est ce que je sais le mieux faire. Pratiquer le son pour une image, c'est comme si j'étais une instrumentiste: on fait des gammes et des gammes puis un jour, on a l'oreille qui s'ouvre.

L'avantage de faire du son pour le cinéma ou la télévision, c'est qu'on travaille sur des sons du quotidien, et on essaie de les restituer au mieux de ce qu'on entend. Je travaille de façon à ce que la sensation première que j'ai eue pendant le tournage, arrive jusqu'au spectateur. J'ai la chance d'être aussi productrice, du coup j'amène le son que j'ai fait en direct, jusqu'à la salle de cinéma. Je garde le contrôle jusqu'au bout. J'essaie toujours de restituer ces bruits de la vie que j'ai entendus la première fois, cette espèce de grâce que j'ai trouvée par moment pendant les prises, et je fais en sorte qu'ils arrivent à l'oreille des spectateurs. Je veux que le spectateur ressente cet enchantement que j'ai pu avoir en écoutant un bruissement de vent, un passage de moutons, ou une belle voix bien posée. 

Je travaille avec un seul micro ou avec une perche, et je module avec la perche, je ne module pas avec les potentiomètres. Je me compare un peu à une danseuse: j'avance, je recule, en fonction des bruits et je vis, je fais corps avec les éléments sonores. En fait, il n'y a qu'une seule bonne position de micro, comme il n'y a qu'une seule bonne position de caméra. Il y a une seule source sonore, et on se positionne par rapport à celle-ci. Les perchmen sur les films de fiction ne font que ça: faire corps avec l'acteur, être en fusion avec la personne qui parle. J'ai appris cela sur les films de fiction, et en documentaire je pratique la même chose. 

Archives

Raymond Depardon, émission "La vie est un je", France Inter, 2015

Michel Créis, émission "L'atelier de la création: on nagra", France Culture 1987

Daniel Deshays, émission "Les chemins de la connaissance", France Culture, 2001

Eric Rohmer, ORTF, 1969

Extraits

Urgences, film documentaire de Raymond Depardon (1988)

La vie moderne, film documentaire de Raymond Depardon (2008)

Profils paysans, film documentaire de Raymond Depardon (2005)

Les habitants, film documentaire de Raymond Depardon (2016)

Références musicales 

Charles Aznavour, Parce que, chanson interprétée par Serge Gainsbourg

Broadcast, Echo's answer

Prise de son

Jean-Ghislain Maige

Vous pouvez écouter et/ou podcaster cet entretien en cliquant sur le lien ci-dessus

( 1ère diffusion le 17/01/2020)

Intervenants

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