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Allemagne, Halle, 1990

Stéphane Duroy : "A un moment, j'ai réalisé que pour photographier, il faut dépasser les tabous"

58 min
À retrouver dans l'émission

Pour la parution du livre « Rencontres avec Stéphane Duroy » de Sophie Bernard (Filigranes) ,et de son exposition à la Galerie VU’ à Paris, le photographe nous parle de détruire pour reconstruire, de son travail dirigé par l'histoire du XXème siècle et de son attirance pour les lieux d'épouvante.

Allemagne, Halle, 1990
Allemagne, Halle, 1990 Crédits : @Stéphane Duroy / Agence VU

En écho à cet entretien-manifeste, l’exposition montre un ensemble choisi par l’auteur, embrassant son parcours de quarante-cinq années : son rapport à l’Histoire et au monde d’aujourd’hui et sa relation à la photographie avec laquelle il prend ses distances depuis une dizaine d’années. Il poursuit aujourd’hui une nouvelle recherche, en expérimentant notamment la peinture. L’exposition que présente la Galerie VU’ rend compte de l’évolution d’un parcours exigeant, qui va au-delà de la photographie pour trouver de nouveaux médiums d’expression et d’exploration.

Ecosse, Glasgow, 1980
Ecosse, Glasgow, 1980 Crédits : @Stéphane Duroy/ Agence VU

Je me suis aperçu que faire ce livre était un exercice très pertinent à mon âge pour comprendre pourquoi j’ai fait tout ça. Ca m’a beaucoup aidé à clarifier mes idées, à éliminer ce qui est trop narcissique ou trop anecdotique, et je recommande cet exercice à beaucoup de gens. Quand on a fait un travail sur 45 ans, c’est important de l’expliquer. Mon travail s’est divisé en deux parties : une partie alimentaire qui m’a toujours profondément déplu, mais que j’ai acceptée , et une partie très personnelle. Ce livre m’a permis de clarifier les choses et d’expliquer mes choix.

Un photographe n’est pas un coloriste, il voit des couleurs quand il prend ses photos, après il y a une interprétation du film, puis il y a une nouvelle interprétation du tireur. Une couleur publiée dans un livre, sur un tirage cibachrome ou par le biais d’un autre procédé n’est plus la même. Un peintre choisit sa couleur, pas moi. La couleur n’est pas une préoccupation chez moi, j’ai toujours travaillé indifféremment avec de la couleur ou du noir et blanc, j’ai une grande liberté par rapport à ça. 

Les impossibilités de la photographie m’ont amené il y a dix ans à prendre l’un de mes livres « Unknown » consacré à l’exil américain et à le détruire progressivement, pour pouvoir aller beaucoup plus loin ensuite. C’est cet effort de reconstruction qui m’a vraiment ouvert l’esprit et permis de prendre du recul par rapport à la photographie, tout en la conservant et en la pratiquant, parce que je ne peux pas m’en passer. Actuellement, je suis dans une espèce de mélange entre la photographie, le livre et la peinture. En fait, je cherche tout le temps le moyen le plus pertinent pour expliquer le XXème siècle. 

Pour moi, le régime du 3ème Reich en organisant consciemment et méthodiquement les camps de concentration et d’extermination, a amené l’espèce humaine à découvrir toutes ses possibilités, les pires comme les plus belles. Et en cela, cette période est terrifiante, elle a permis de comprendre à quel point il y a une part de monstruosité en chacun de nous. Mais malgré l’insupportable, la vie continue, et la mémoire fait son tri permanent.

Comme je suis quelqu’un d'obsessionnel, quand je choisis de traiter d’un problème, j’ai besoin de me fixer dans un lieu. J’ai besoin de passer beaucoup de temps dans ce lieu, pour le creuser, pour éliminer tout ce qui est un peu artificiel, et après j’arrive à l’os du pays, et là, je me mets à travailler. 

Série "Unknown", Etats-Unis, 2001
Série "Unknown", Etats-Unis, 2001 Crédits : @Stéphane Duroy/ Agence VU

Archives

Reportage à Budapest, RTF, 1956

Roland Dufau, émission « Pas la peine de crier », France Culture, 2014

Alain Willaume, émission « Par les temps qui courent », France Culture, 2019

Robert Antelme, RTF, 1947

Entretien de Christine Ockrent avec Margaret Thatcher, INA, 1984

Références musicales

Robert Wyatt, Anachronist

Morrissey, Margaret on the Guillotine

Bikini kill, This is not a test

Prise de son

Pierre Henry

Information complémentaire

La galerie VU'

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