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Valérie Zenatti

Valérie Zenatti : "J'ai découvert un silence d'une qualité jamais éprouvée"

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À retrouver dans l'émission

Au cours de l'entretien avec l'auteure du livre "Dans le faisceau des vivants" qui paraît aux éditions de l’Olivier, il est question du désir d'être sans voix, d'un silence d'une richesse extraordinaire, et de l'importance des non-dits et des mystères.

Valérie Zenatti
Valérie Zenatti Crédits : @Hannah Assouline

Un romancier et sa traductrice partagent une grande amitié. Quand celui-ci disparaît subitement en janvier 2018, elle cherche à le retrouver par tous les moyens. Sa quête la conduit jusqu'en Ukraine, à Czernowitz, la ville natale de son ami. L'auteure transpose sa propre histoire d'amitié avec l'écrivain Aharon Appelfeld, dont elle a traduit la plupart des livres.

J’ai souvent dit que j’écrivais sur ce qui me laissait sans voix, et que si j’étais capable de tout raconter, je n’écrirais pas. Avec la mort d’Aharon Appelfeld, j’ai désiré être sans voix, j’avais une grande difficulté à entendre ce que je pouvais dire. Alors j’ai tendu l’oreille et très vite j’ai découvert que le silence qui m’habitait était d’une qualité que je n’avais jamais éprouvée.

Le silence qui a initié ce livre était d’une richesse extraordinaire, parce ce que c’est à la fois le silence de la lecture, le silence de l’écriture que je connais en tant qu’écrivain et que j’éprouve, le silence de la traduction encore plus mystérieux que tous les autres, car c’est un endroit où les mots se transforment d’une langue à l’autre.

Les non-dits sont plus importants que ce qui est dit, ils ne sont pas là pour cacher des choses. Il y a des mystères qui seraient extrêmement appauvris si on les dévoilait. Quand je parle des non-dits et des mystères, c’est aussi parce que je crois qu’il faut faire une distinction entre ce qui est partageable et ce qui ne l’est pas. A un moment donné, un livre c’est un texte dans lequel le lecteur doit trouver sa place.

La question du lieu est importante.  Tout d’abord, il y a eu le lieu de l’écriture qui était vital pour moi et ensuite, il y a eu ce deuxième lieu, physique, géographique. Je n’avais jamais pensé que j’irais un jour à  Czernowitz, la ville natale d’Aharon Appelfeld, je n’avais pas besoin d’y aller pour traduire ses livres, mais ce lieu c’est imposé à moi et ça a été une expérience extraordinaire de pouvoir dire pour la première fois de ma vie : « je veux être à tel endroit, à tel moment. » 

Archives

Aharon Appelfeld, émission « La bibliothèque étrangère », France Culture, 2006

Charles Juliet, émission « A voix nue », France Culture, 1994

Extrait

D’une langue à l’autre, film de Nurith Aviv, 2004

Références musicales

Bonnie Prince Billy, Death to everyone

Laura Perrudin, Le poison 

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