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Zelimir Zilnik, sur le tournage de "Travaux précoces", 1968

Zelimir Zilnik : "Ma force ne dure que tant que j’ai mes négatifs entre les mains"

58 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de la rétrospective que lui consacre le Centre Pompidou jusqu'au 12 mai, le cinéaste aborde sa lutte contre l'interdiction de l'un de ses films, la part prenante de son équipe dans son processus de création, et sa caméra au service de la classe ouvrière, pillée par la néo-bourgeoisie.

Zelimir Zilnik, sur le tournage de "Travaux précoces", 1968
Zelimir Zilnik, sur le tournage de "Travaux précoces", 1968 Crédits : @Zelimir Zilnik

Réalisateur depuis plus de 50 ans, Želimir Žilnik a tourné ses premiers films à la fin des années 1960, devenant l’un des principaux cinéastes de la Nouvelle Vague yougoslave, appelée « Black Wave » pour sa critique du régime de Tito. Avec près de 60 films à son actif, il dénonce sans relâche l’exploitation de la pauvreté dans un contexte historique qui traverse le communisme, la montée des nationalismes, les guerres d’ex-Yougoslavie, la redéfinition des frontières, le passage à une économie capitaliste, et les problématiques actuelles de migrations en Europe. 

"Black film" de Zelimir Zilnik, 1971
"Black film" de Zelimir Zilnik, 1971 Crédits : @Zelimir Zilnik

En 68, en Yougoslavie, il y avait une diffusion des cultures, j’étais jeune, et je lisais tous ces magasines étudiants, qui étaient pleins d’informations sur ce qui se passait dans les mouvements étudiants en France mais aussi aux Etats-Unis et en Allemagne. Et donc, nos manifestations étudiantes qui ont éclaté en juin 68 étaient très spécifiques, car les étudiants ne s’opposaient pas uniquement au capitalisme, ni au socialisme, mais ils réclamaient autre chose : ils attendaient que le socialisme et le communisme  réalisent leurs promesses, en reviennent vraiment aux fondamentaux des idées exprimées dans les années 50-60 après la rupture avec Staline. C’est à ce moment-là que s’est réalisé un socialisme démocratique et ouvert. Les étudiants voulaient s’opposer  à la « bourgeoisie rouge », c’est-à-dire s’opposer à la bureaucratie qui essayait d’avoir le dernier mot sur absolument tout ce qui se passait. Nous les cinéastes, nous n’étions pas employés par des studios de cinéma comme dans tous les autres pays socialistes, nous étions des travailleurs indépendants. En fait, c’est le système français que nous appliquions, et c’était très stimulant car chacun pouvait s’occuper de sa carrière sans être parasité, et sans attendre comme un parasite les financements de la bureaucratie.

Après l’occupation de la Tchécoslovaquie, en septembre-octobre 69, mon équipe et moi, on avait de grandes interrogations : de quoi l’avenir allait-il être fait, quel est l’avenir du socialisme d’état, alors que les principes fondamentaux ont été brisés par cette occupation soviétique, et donc on ne pouvait plus parler de solidarité de la classe ouvrière, d’égalité entre les groupes ethniques, de liberté d’expression alors que les tanks étaient venus saluer nos frères et chasser les politiciens les plus favorables à l’ouverture de la société.

J’ai vu très tôt que les équipes de cinéma, au moment où il fallait vraiment faire le film pouvaient être créatives, mais que si l’équipe ne fonctionnait pas d’une manière qui lui permette de prendre ses distances avec toute forme de manipulation, alors la réalisation du film pouvait devenir très inconfortable, pleine de tensions et d’incompréhensions. Et donc j’ai eu l’idée de m’assurer que l’équipe soit unie, qu’elle puisse réunir toutes les forces créatives et que l’expression ne soit pas uniquement celle du scénariste et du réalisateur, mais aussi celle des personnes qui étaient devant la caméra. Il s’agissait d’ouvrir l’espace avec le public à travers l’écran. C’était une sorte de partenariat et j’ai continué à adopter cette méthode pour faire mes films.

Le film documentaire a été depuis le début de ma carrière une forme qui suivait le sens naturel de ce que c’est de filmer quelque chose. De youtes les formes artistiques, ce n’est que quand on réalise un film qu’on saisit non seulement l’histoire, les personnages, les acteurs, mais aussi ce moment très précis du fonctionnement de la caméra, du moment où la caméra tourne, chaque film devient une partie intégrante de l’histoire. Mais les films de fiction aussi, ont une dimension documentaire.

"Où en êtes-vous Zelimir Zilnik", 2019
"Où en êtes-vous Zelimir Zilnik", 2019 Crédits : Centre Pompidou/ Plaugorund Produkcija

Archives

John Cassavetes, 1965, source internet

Agnès Varda, émission “Nuits magnétiques”, France Culture, 1978

Extraits

"Black film", film de Zelimir Zilnik, 1971

"Travaux précoces", film de Zelimir Zilnik,  1969

"The most beautiful country in the world", 2018"

Prise de son

Jakez Hubert

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