LE DIRECT
Ulud où souvent les couples se font et se défont

Ulud ou l'atoll des Dieux distraits

2 min
À retrouver dans l'émission

Nouveau voyage proposé par Hervé Le Tellier, afin de découvrir la république d'Ulud, un lieu paradisiaque où les couples sont néanmoins contraints à une certaine forme de "distanciation" physique.

Ulud où souvent les couples se font et se défont
Ulud où souvent les couples se font et se défont Crédits : Malte Mueller - Getty

Nous avons loué les services d’une trirème marchande, et quelques jours de navigation plus tard, nous avons atteint la plus grande île de la République d’Ulud. Non sans nous sentir indisposés, car la mer avait été grosse. Mais nous fûmes accueillis en princes et nous avons bu la liqueur d’atripèle avec les chefs tribaux des Cinq volcans.

Miracle des courants marins et des alizés, on peut rallier à pied chaque atoll, pendant les mortes-eaux. Des gués de corail recouverts d’un sable couleur de lait serpentent entre les eaux turquoise des lagons. Chaque soir ou presque, peu après le coucher du soleil, il tombe, durant quelques longues minutes, une pluie de mousson chaude et apaisante, qui pourtant parvient à rafraîchir la nuit.

Le peuple uludi vit de la pêche et de la cueillette, mais la nature est ici généreuse et bienveillante, et jamais il ne connaît la faim. Les enfants uludi ignorent qui est leur père, et même qui est leur mère. Ils jouent en toute liberté, choyés de tous, déjeunant dans une hutte, dormant dans une autre, et s’ils ignorent ce qu’est l’école, c’est que chacun leur transmet le peu qu’il sait, qui est parfois beaucoup.

Il règne sur ces îles de douceur une coutume étonnante : les Dieux des Cinq volcans refusent, aux hommes comme aux femmes, le droit de connaître par deux fois le plaisir physique avec le même partenaire. Aussi les couples se défont-ils après une seule nuit d’amour, et chacun, chacune, se doit de cheminer d’atoll en atoll à la quête d’un nouveau compagnon de couche et de jeu sexuel ; c’est pourquoi la modestie me conduit à supposer que c’est plus à la rareté du neuf qu’à la puissance de notre charme naturel que nous dûmes nos indéniables succès auprès des femmes d’Ulud.

Il arrive parfois, après tant de corps, de peaux et de visages, que l’on ne se souvienne plus très bien, que le doute s’installe sur la nouveauté de la liaison. L’accouplement est alors autorisé, car la tradition présume que les Dieux, eux aussi, ont oublié.

Nous avons toutefois rencontré certains couples qu’on sait unis depuis des années. C’est qu’ils vivent dans l’abstinence totale, ou, plus souvent encore, qu’ils simulent l’un comme l’autre, pendant l’acte, un absolu déplaisir sexuel.

Chroniques

8H55
5 min

Le Coup de fil culturel

Charles Berling, acteur et metteur en scène
L'équipe
À venir dans ... secondes ...par......