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Une ville nomade, comme un balluchon

Agatuk ou l’urbs mobilis

3 min
À retrouver dans l'émission

Bruyante, odorante, la ville d'Agatuk ne cesse jamais de se déplacer et s'installer çà et là, au point de venir parfois mettre sens dessus dessous une autre cité bien sédentaire.

Une ville nomade, comme un balluchon
Une ville nomade, comme un balluchon Crédits : JakeOlimb - Getty

A l’aube, alors que nous dormions encore au milieu du désert de Gibbo, à l’abri d’une dune charitable, écrasés par la fatigue et la chaleur naissante, nous fûmes tirés du sommeil par le caquet des poules, la clameur des camelots et l’odeur puissante des épices. Une foule bigarrée, qui braillait en toutes langues, se pressait autour de notre campement, soudain cerné de hauts édifices. Nous dûmes dans l’urgence ranger la tente, remplir nos sacs, rebâter les chameaux.

Agatuk, que déjà Tacite, dans son De origine et situ Agatorum, décrivait sous le nom d’Urbs mobilis, la « ville qui marche », s’était déplacée jusqu’à nous.

Car Agatuk la Nomade est sans cesse en mouvement. Sa fièvre jamais ne retombe. C’est à peine si au matin, la cité s’accorde quelques heures d'accalmie, durant le marché aux fragrances qui fait sa notoriété et pour lequel le chaland accourt de tout le royaume. Ce sont alors de courts moments, presque paisibles, où chacun se presse à ses affaires. Puis la ville reprend sa route, avec impatience, dans un effrayant vrombissement de métal, de câbles et de cordes.

Aucun fleuve, aucune forêt, aucune montagne, aucun océan ne sauraient ralentir la course d’Agatuk. Certains l’ont connue nichée au creux d’une vallée, d’autres l’ont vue étincelante cité lacustre, ou bien perchée, triomphante, au sommet d’un escarpement, ou encore vibrer tel un mirage dans l’air incandescent du Grand désert de sel. Et lorsqu’elle repart, impétueuse et ardente, vers un nouvel ailleurs, seuls témoignent de son passage un piétinement de l’herbe, une griffure dans le sable, un frisson sur les eaux.

Parfois, le hasard du voyage et de la géographie voit Agatuk s’installer au cœur même d’une autre ville, toujours moins obsédante, moins présente, moins tangible. Alors, les rues bruyantes, les tours de guet et les fontaines jaillissantes d’Agatuk viennent évincer celles de la cité qu’elle envahit, dont l’on peut voir les pauvres habitants errer, hagards, effarés, dans la folle frénésie d’Agatuk l’usurpatrice.

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