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Pierre en mouvement

Orotaq ou la toupie de pierre

2 min
À retrouver dans l'émission

Le monde tourne et la ville d'Orotaq aussi, gigantesque toupie en perpétuel mouvement sur elle-même. Ce qui la préserve mais la condamne aussi, nous raconte Hervé Le Tellier.

Pierre en mouvement
Pierre en mouvement Crédits : Steve Cicero - Getty

Du plus haut des Monts Derban, après une journée d’ascension périlleuse, nous avons découvert l’imprenable forteresse d’Orotaq, autour de laquelle le paysage tout entier semble tourbillonner et s’engloutir.

Nous n’avons pu pénétrer dans la ville que par le long souterrain labyrinthique qui débouche sur la Place centrale, après avoir franchi les neuf grilles, gardés chaque fois par neuf soldats.

Émergeant par la Grande Trappe, près du Temple de Circé, nous avons pressé le pas pour parvenir à la première des marches de l’Acropole, une marche toujours fuyante et qui exige pour l’atteindre un peu d’agilité. Car la ville d’Orotaq n’est rien d’autre qu’une gigantesque toupie dont le socle repose sur une multitude de roues de pierre polie. La ville accomplit un tour complet en moins de trois minutes, et un cheval au galop ne saurait suivre le mur d’enceinte dont la rotation soulève un nuage de poussière et de sable qui jamais ne retombe.

Dans les sous-sols d’Orotaq, des esclaves en sueur actionnent des poulies, des pignons, des courroies, et ces lourds engrenages de granit assurent à Orotaq une vitesse constante. Cette merveilleuse mécanique est l’objet d’un permanent entretien.

Siècle après siècle, la ville s’est construite dans cette gravitation apparente, et les trottoirs s’incurvent pour que le piéton puisse y marcher droit. Elle tourne si vite que l’eau du grand Canal refuse miraculeusement de couler et que les somptueux hauts palais arqués de la périphérie défient les lois de la pesanteur. Orotaq attira les philosophes, les mathématiciens, les théologiens et les artistes, tous ceux qui recherchaient la paix.

Car comment envahir une telle cité ? Quelle absence de porte attaquer au bélier ? Où poser des échelles d’assaut ? Par quel miracle espérer accrocher un grappin ? On raconte qu’Alexandre le Grand lui-même abandonna le siège, tout comme, dit-on, Gengis Khan, puis Tamerlan.

Cette invulnérabilité a bien sûr son revers : Orotaq, sous peine de s’effondrer sur elle-même, est désormais condamnée à ne jamais interrompre sa rotation.

Mais n’est-ce pas là un point commun avec notre vie ?

Chroniques
8H55
4 min
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