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Dérive (2/5) : Ecrire en dérivant

59 min
À retrouver dans l'émission

Deuxième temps d’une semaine entièrement consacrée à la dérive. Aujourd’hui nous dérivons dans un texte, celui de l’écrivain Didier da Silva. Son dernier livre L’ironie du sort , (éditions l’Arbre Vengeur) procède par glissements successifs. A partir de détails de la vie d’Erik Satie notamment, il dérive d’existences en existences.

Eizō Yamamoto (1758-1831) plus connu sous le nom de Ryōkan
Eizō Yamamoto (1758-1831) plus connu sous le nom de Ryōkan

Hier, nous évoquions la dérive en pleine mer avec trois skippeurs, une dérive forcée par une avarie technique qui laisse marins et bateaux à la merci des éléments. Si la dérive est une façon de s'éloigner du cap fixé au départ, elle garde toujours la mémoire, une trace, même en creux, une forme de nostalgie de ce cap de départ. La dérive est mélancolique. Si bien que l'on peut facilement penser que la dérive cherche, en fait, à retrouver ce cap, à le rejoindre, et si possible de manière fortuite pour ne pas se dédire. Voilà une hypothèse comme une autre, pour attraper le livre dont il est question aujourd'hui, et qui est un rouleau sur une plage des landes, une chose passant sur vous, vous remuant suffisamment, pour qu'une fois passé, vous ne soyez plus sûr exactement du genre auquel il appartient. C'est donc un livre qui saute de cailloux en cailloux. Il est question de naissances, ou de morts, ou de menus détails d'existence, et qui va, la cartographie est imprécise, d'un plongeon de machine à écrire censé maquiller un crime, à l'Ile au Trésor de Stevenson lu par un enfant de huit ans. Quelques destins accrochent plus longtemps que d'autres, comme celui d'Eizo Yamamoto, qui ralentit le texte à lui tout seul et le creuse; celui d'Erik Satie, qui en écrit la partition secrète, et celui d'Alfred Hitchcock, sorte de parrain bienveillant, prêt à dégainer du proverbe, ou l'idée d'un huis clos. L’ironie du sort est un livre qui, s’il est conçu comme une seule et même vaste dérive, va vite. Le livre et l'auteur savent les catastrophes imminentes, l'écroulement ou l'incendie des villes, la déliquescence des corps. Il s'agit alors de parler avant la fin, ou d'atteindre la fin au plus vite pour pouvoir recommencer. Au moins 840 fois.

Notre invité Didier Da Silva est écrivain, il publie L'ironie du sort aux éditions l'Arbre Vengeur.

Auparavant, c’est une lecture à voix haute : Marylin Canto déballe ses rayonnages littéraires pour vous cette semaine. Aujourd’hui, elle choisit un extrait d’Un Pedigree de Patrick Modiano.

Sur le Polaroïd apparaît le secret d’un dessin.

Vers 16h50 nous écoutons des poèmes de Charles Reznikoff.

Programmation musicale :

  • Dee Clark, In These Very Tender Moments

  • Mac Demarco, Passing out pieces

  • Maurice Ravel, Ronsard à son âme (interprété par Gerald Finley)

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