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"Occuper" (1/5) : L'occupation du lieu de travail, un levier de la lutte

59 min
À retrouver dans l'émission

Premier temps d’une semaine entièrement consacrée au verbe « occuper ». Aujourd’hui nous évoquons les occupations d’usine de 1936 et de 1967-68 avec notre invité Xavier Vigna, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne, auteur d’une Histoire des ouvriers en France au XXe siècle (Perrin, 2012).

Affiche de mai 1968
Affiche de mai 1968

Quand on consulte le dictionnaire, un des exemples qui est donné pour illustrer la définition du verbe « occuper » est celui de l’occupation d’usine, et l’acception du terme date de 1939. Cette forme prise par la révolte s’est cristallisée autour des grèves de 1936, et elle opère un changement radical dans le langage de la lutte. C’est peut-être un tout petit peu plus compliqué que cela, mais ce qui est clair c’est que l’action d’occuper une usine bouscule la répartition du territoire et des outils, remet en question l’ordre qui règne en matière de propriété ou d’autorité sur ces deux champs, et fait de cette modification, une étape, un moyen, un levier, dans l’expression de revendication politique, salariale ou sociale. Marx entendait l’occupation comme une « expropriation des expropriateurs ». D’autres parlent de grèves « sur le tas », d’autres encore la vivent comme l’une extension du droit de grève. Le juge américain Jenkins proclame en 1893: « Ou bien on nie le droit de grève ou bien on en accepte les conséquences qui sont passablement révolutionnaires. » Les lois et la jurisprudence françaises font-ils de l’occupation des lieux de travail une extension du droit de grève, et jusqu’où ? Après avoir conduit une série de travaux sur l’histoire des années 68, notre invité, l'historien Xavier Vigna se consacre désormais essentiellement à l’histoire ouvrière en France et dans les pays ouest-européens. Il est l’auteur d’une Histoire des ouvriers en France au XXe siècle (Perrin, 2012) et de L’insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines (PUR, 2007).

Il s’agit, après avoir toujours plié, tout subi, tout encaissé en silence pendant des mois et des années, d’oser enfin se redresser. Se tenir debout. Prendre la parole à son tour. Se sentir des hommes, pendant quelques jours. Indépendamment des revendications, cette grève est en elle-même une joie. Une joie pure. Une joie sans mélange. Oui, une joie. J’ai été voir les copains dans une usine où j’ai travaillé il y a quelques mois. J’ai passé quelques heures avec eux. Joie de pénétrer dans l’usine avec l’autorisation souriante d’un ouvrier qui garde la porte. Joie de trouver tant de sourires, tant de paroles d’accueil fraternel. […] Joie de voir les chefs se faire familiers par force, serrer des mains, renoncer complètement à donner des ordres. Simone Weil , La vie et la grève des ouvrières métallos , in La Révolution prolétarienne, 10 juin 1936

Auparavant, nouvelle semaine, nouvelle bibliothèque. Cette semaine, c’est le comédien Jean-Pierre Lorit qui nous laisse entrer chez lui. Il commence par nous lire un extrait du Lys dans la vallée d’Honoré de Balzac.

Sur le Polaroïd du jour apparaît le quai.

Vers 16h50, nous écoutons des poèmes de Yeats.

Programmation musicale :

  • Tom Waits, All the world is green

  • Yael Naïm, Today

  • Moriarty, Jimmy

Intervenants
  • Maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Bourgogne
L'équipe
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