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Blatte de Madagascar (gromphadorhina portentosa)

La blatte de Madagascar

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La blatte de Madagascar, aussi appelée blatte souffleuse, chante. C’est spécifique aux espèces malgaches car dans le reste du monde, les blattes sont majoritairement silencieuses. C’est par ailleurs quasiment le seul insecte à produire du son en soufflant.

Blatte de Madagascar (gromphadorhina portentosa)
Blatte de Madagascar (gromphadorhina portentosa) Crédits : Tim Vickers (Wikimedia Commons)

C’est une grande blatte plate et trapue, qui peut faire 4 à 5 centimètres, un corps à la robe rayée orange et marron, une tête noire agrémentée, chez les mâles, d’une sorte de double protubérance qui ressemble à des cornes.

Contrairement à la plupart des blattes, la nôtre, aussi appelée Eliptorina chopardi ne possède pas d’ailes mais c’est une excellente grimpeuse, même sur les surfaces lisses, grâce aux saillies spongieuses et adhésives qu’elle a sous les pattes. Cette espèce est endémique à l’île de Madagascar où on la croise dans les zones sombres et humides de la forêt tropicale. Comme toutes les blattes, elle reste cachée en journée et sort une fois la nuit venue.

C’est, entre autres, à cause de cette vie nocturne que la blatte, plus familièrement appelé cafard, est un insecte qui n’inspire pas la sympathie… Antoine du Pinet, un des traducteurs de Pline l’ancien écrivait en 1542 que « les caffars se nourrissaient des ténèbres ». Il semblerait que ce soit Charles Baudelaire en 1857 qui ait popularisé le terme de « cafard » dans son sens figuré de « mélancolie accompagnée d’idées sombres ». Dans le poème La destruction, voici ce qu’il écrit en parlant du démon :

« Et, sous de spécieux prétextes de cafard,      
> Accoutume ma lèvre à des philtres infâmes.      
> II me conduit ainsi, loin du regard de Dieu,      
> > > Haletant et brisé de fatigue, au milieu
>
 
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Ceci étant dit, on aurait tort de croire que le cafard est universellement impopulaire. La preuve en est avec notre blatte de Madagascar, qui, le saviez-vous, est devenue un animal de compagnie, notamment aux Etats-Unis. C’est une bête qui s’élève facilement en terrarium, qui se reproduit sans trop de peine. Il n’y a qu’à regarder sur internet le nombre de conseils pratiques donnés sur l’art et la manière d’élever sa blatte pour prendre la mesure du succès de la bê

Une autre raison de cette popularité ne réside pas tant dans son comportement, il est vrai parfois agressif à l’égard de ses congénères, les blattes mâles étant querelleuses, que dans sa production sonore. Car la blatte de Madagascar, aussi appelée blatte souffleuse, chante. C’est spécifique aux espèces malgaches car dans le reste du monde, les blattes sont majoritairement silencieuses, elles communiquent par signaux chimiques ou éventuellement tapent le sol avec leur abdomen. C’est par ailleurs quasiment le seul insecte à produire du son en souffla

La blatte possède de chaque côté de son abdomen des « spiracles », des trous permettant à l’air de sortir. Sa trachée se gonfle d’air qu’elle expulse grâce à ces deux spiracles qui produisent alors du son, un peu à la manière d’un ballon de baudruche dont on pincerait l’embout afin d’en faire sortir un filet d’air. Ces sifflements sont émis par les mâles quand ils font la cour aux femelles. Quand le mâle se trouve à courte distance de la femelle, il chante, soulève son abdomen puis tourne autour de la femelle. Cela peut être un son sifflé, à moitié sifflé ou un grésillement, une sorte de « hiss ». A bien observer la scène, on a l’impression que le mâle s’impatiente, s’agace en chantant et qu’il sifflera ainsi jusqu’à ce qu’il y ait accouplement. Chose rare, les spiracles de la blatte étant indépendants l’un de l’autre, elle peut les faire alterner et ainsi chanter à deux voix ! Nul doute que face à une telle performance sonore, la femelle succombera au charme de ce chanteur diphonique hors pa

Prises de son : Jérôme Su

Conseiller scientifique : Jérôme Su

Jérôme Sueur est enseignant-chercheur en bioacoustique au Muséum national d'Histoire naturelle. Sa recherche concerne la communication sonore des insectes, en particulier des cigales, et l'étude de la biodiversité par des techniques acoustiques. Il est également en charge de la sonothèque du Musé

Muséum national d'Histoire naturelle
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Rediffusion du 12 août 2016

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