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Cachalot (Physeter macrocephalus)

Le cachalot

3 min

Rien de commun chez le cachalot. Pas même son langage. Car contrairement aux autres cétacés, il ne chante pas, il clique ! Ces clics, les sons naturels les plus forts de l’océan, sont produits à l’aide de lèvres phoniques placées au niveau de l’évent, cette narine qui sert à expulser l’air respiré.

Cachalot (Physeter macrocephalus)
Cachalot (Physeter macrocephalus) Crédits : J.M Bompar - GECEM

C’est la bête de tous les records. Le plus grand carnassier au monde, il peut atteindre 20m de long pour 57 tonnes, avec cette tête si caractéristique, un parallélépipède quasi parfait qui comprend un tiers de son corps. C’est le plus incroyable plongeur en apnée, il lui arrive de descendre jusqu’à 3000 mètres de profondeur. Il possède le cerveau le plus gros au monde. Bref, rien de commun chez le cachalot. Pas même son langage. Car contrairement aux autres cétacés, il ne chante pas, il clique ! Ces clics, les sons naturels les plus forts de l’océan, sont produits à l’aide de lèvres phoniques placées juste au niveau de l’évent, cette narine qui sert à expulser l’air respiré.

On se rappellera que le cachalot est énorme et que par conséquent l’une des grandes affaires de sa vie, c’est de manger. L’animal est friand de calamars, pieuvres, poissons avec une nette prédilection pour les architheutis, ces légendaires calamars géants des profondeurs. Et justement, le système de clics va nous renseigner sur la manière dont il s’y prend pour se nourrir. Comme il chasse dans le noir des eaux profondes, le cachalot utilise le son comme un outil. Quand il commence sa descente, il émet ses clics à intervalle constant et en rythme régulier. Entre deux clics, le cachalot a le temps d’analyser les échos potentiels ou la réverbération due à l’environnement. Comme tous les cétacés possédant des dents, il se sert du son pour écho-localiser. C’est le principe du sonar. L’écholocalisation apporte une information complémentaire à la vue, c’est un sens à part entière, un peu comme un accès à la texture de ce que l’on verrait.

Ainsi quand le cachalot va se rapprocher de sa proie, il va produire des clics plus resserrés. Jusqu’à ce que tout à coup, plus un bruit. Ce silence est synonyme de repas. Puis les clics reprennent, la proie étant avalée, le voilà reparti à la chasse.

Les clics sont aussi des outils de communication entre cachalots, qui sont des créatures très bavardes. Quand on les enregistre, on a d’ailleurs très vite un sentiment de cacophonie ! Mâles, femelles et juvéniles émettent des clics pendant les périodes de socialisation, sous forme de clics espacés et de clics rapides. D’une façon générale, les sons sont émis dans des contextes de cohésion de groupe, pour l’orientation, la recherche de nourriture et peut-être même l’assommage de proies. Les clics serviraient aussi dans les contacts mère-petit, la recherche d’un partenaire, le maintien d’un territoire, la détection de prédateurs et de dangers. Que de sujets de discussion pour un langage qui paraît à priori si simple !

Et parmi les multiples questions que se posent les scientifiques sur les clics des cachalots, il y a aussi celle de la tonalité. Existent-ils des clics doux (correspondant à un message de sympathie entre cachalots) et des clics agressifs (le cachalot est énervé) ? Peut-être que le système de clics ne permet pas de telles subtilités dans les émotions…. Et ce qui pourrait alors expliquer le fait que les cachalots soient si tactiles, ils se touchent et se caressent en permanence. Laissant ainsi place au langage du corps.

Prise de son : Olivier Adam

Conseiller scientifique : Olivier Adam

Olivier ADAM est spécialisé en traitement du signal et bioacoustique. Depuis plus de 15 ans, il étude les émissions sonores des cétacés pour caractériser leurs comportements, leurs interactions, et aussi pour les détecter et les localiser à distance. Récemment, il a décrit le générateur vocal des baleines à bosse faisant le lien entre l'anatomie et les caractéristiques acoustiques des chants. Olivier ADAM travaille également sur les interactions mère-baleineau et sur le comportement des dauphins. Il est expert pour des projets d'impact d'activités humaines sur l'environnement.

Institut d'Alembert CNRS-UPMC

Institut des Neurosciences Paris Saclay

Sites internet de référence :

Pour les cachalots : association Breach (France)

La liste rouge de l'IUCN fait référence actuellement. Elle donne le statut dans lequel est l'espèce (degré de vulnérabilité)

Laboratoires de référence travaillant sur les cétacés :

National Marine Mammalogy Lab (Seattle, USA)

Scripps (San Diego, USA)

Recherche iconographique : Frédéric Guilbert (Muséum national d'histoire naturelle)

Rediffusion du 22 juillet 2016.

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