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Coquille Saint-Jacques

La coquille Saint-Jacques, le coquillage qui éternue

4 min

Parmi tous les sons sous-marins, il y en est un de plus rond, moins frétillant que celui de la crevette claqueuse, moins rythmé que celui des poissons mais tout aussi intrigant. Il s’agit de la coquille Saint-Jacques.

Coquille Saint-Jacques
Coquille Saint-Jacques Crédits : Erwan AMICE

Jacques-Yves Cousteau a longtemps contribué au mythe d’un océan silencieux avec son film documentaire « le Monde du silence » sorti en 1956. 60 ans plus tard, on sait qu’il n’en est rien, les multiples hydrophones placés sous l’eau ont permis de découvrir l’extraordinaire symphonie sous-marine, quand les chercheurs ne parlent pas de cacophonie, la palme revenant aux crevettes claqueuses, invertébrés les plus bruyants. Il suffit d’ailleurs de plonger la tête dans la mer pour entendre les sons émis par les poissons, les crustacés sans parler bien sûr de tous les autres bruits produits par les bateaux et autres engins à moteur.

Parmi tous ces sons, il y en est un de plus rond, moins frétillant que celui de la crevette claqueuse, moins rythmé que celui des poissons mais tout aussi intrigant. Il s’agit de la coquille Saint-Jacques… La Pecten maximus, espèce présente sur les côtes atlantiques et méditerranéennes françaises, est fort connue des gourmets, car c’est elle que l’on retrouve dans nos assiettes. Mais si l’on croit tout savoir sur la saveur de sa chair et ses déclinaisons culinaires, on est un peu moins pointu sur la vie de la coquille Saint-Jacques... Par exemple, sait-on que la coquille Saint-Jacques est loin d’être un coquillage immobile ? Face à un danger, comme son grand prédateur, l’étoile de mer, elle est capable de prendre la poudre d’escampette : elle se redresse et en faisant claquer ses valves pour en expulser rapidement l’eau, elle se déplace rapidement. De même, fait très rare chez les coquillages, elle possède une bonne centaine d’yeux, points noirs brillants qu’on peut apercevoir quand elle entrouvre ses valves et qui fonctionnent de manière réflexive.

On ne sait pas si elle entend mais ce qui est bien certain c’est qu’elle produit du son. Un son, pour être encore plus précise, qu’elle émet en éternuant et plutôt bruyamment ! Car pour expulser les petites particules et excréments qui la gênent à l’intérieur de sa coquille, la Saint-Jacques ouvre ses valves puis les referme, c’est le son que l’on entend.

Ce son vous l’aurez compris n’a pas à priori vocation à communication, lorsqu’elle éternue, la coquille Saint-Jacques, tout comme beaucoup d’invertébrés d’ailleurs, fait un bruit involontaire et ne cherche pas à transmettre un message à ses congénères.

Mais en revanche, ce son donne beaucoup d’indications aux chercheurs. Cet éternuement est indirectement lié la nutrition du coquillage et nous permet de suivre acoustiquement son comportement. Car par exemple, en présence d’un toxique, le rythme de la fermeture va changer, la coquille Saint-Jacques étant un animal filtreur, se nourrissant de planctons, détritus et bactéries. Autre indice que nous délivre la Saint-Jacques, la qualité de l’eau grâce aux stries qu’elle possède sur sa coquille. Chaque jour, la coquille Saint-Jacques produit une nouvelle strie qui voit sa composition en carbonate et en calcium varier en fonction de la température de l’eau, de la présence d’algues toxiques ou pas. Des mesures que notent les chercheurs afin d’obtenir des informations plus générales sur le fonctionnement et l’état des écosystèmes marins. La coquille Saint-Jacques, présente un peu partout dans les océans du monde, permet des comparaisons entre différents groupes de coquilles Saint-Jacques et est ainsi une bonne sentinelle de l’état de la mer ainsi qu’une archiviste hors pair grâce à la présence de ses stries, véritable mémoire quotidienne de l’environnement.

Prise de son : Cédric Gervaise, chaire CHORUS, Fondation Grenoble INP ; LEMAR, IUEM Brest

Conseillère scientifique : Lucia Di Iorio
Née à Bâle, en Suisse, d’origine italienne et bretonne d’adoption, Lucia Di Iorio vit avec une oreille dans l’eau depuis plus de 15 ans. Elle est co-titulaire de la chaire CHORUS de la Fondation Grenoble INP avec son collègue Cédric Gervaise. Elle étudie les écosystèmes marins à travers les paysages sonores, en analysant les bruits biologiques (invertébrés, poissons et mammifères marins), les bruits naturels abiotiques (vent, pluie, glace...) et les bruits humains (bateaux, travaux, ...) ainsi que leurs interactions. Cette recherche sert entre autres à appréhender l'état des environnements marins et ses changements dans un but de gestion et conservation.

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