LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Phyllomedusa bicolor

La rainette singe, opioïde amphibienne

3 min

Lorsque la saison des pluies arrive, les mâles se rassemblent autour d’un point d’eau et chantent en chœur en se déplaçant, lançant ainsi leur chant de séduction dans toutes les directions. La femelle sélectionne son reproducteur en fonction de la qualité et de la puissance de son chant.

Phyllomedusa bicolor
Phyllomedusa bicolor Crédits : Daniel Baudain

La première chose qui frappe lorsque l’on regarde cette rainette amazonienne, c’est son œil de chat. Elle possède de gros yeux globuleux avec une pupille en fente verticale qui se dilate la nuit venue pour devenir ronde et capter un maximum de lumière. Car notre amphibien est un animal nocturne, qui la journée, reste immobile, replié sur lui-même, quasi invisible, car aussi vert que la feuille sur laquelle il a choisi de s’installer.

Une dizaine de centimètres, un ventre crème pour une peau globalement d’un beau vert soutenu, qui commence à se mouvoir lorsque la lumière baisse et que la nuit s’installe. C’est alors que l’on prend la mesure du surnom de la Pyllomedusa bicolor à savoir la rainette singe. Car cette créature grimpe aux arbres à la force de ses petits biceps, un peu à la manière des primates en, concédons-le, un peu plus de temps. La comparaison s’arrête là car en réalité, contrairement aux singes, cette grimpeuse hors pair possède à l’extrémité de ses doigts et de ses orteils, qui sont préhensiles, des sortes de disques adhésifs lui permettant d’adhérer aisément à toutes les surfaces, même les plus verticales. On la trouvera donc facilement, en hauteur dans les arbres, chasseuse, à la recherche d’insectes et de petites bêtes.

Phyllomedusa bicolor mâle sur un poste de chant
Phyllomedusa bicolor mâle sur un poste de chant Crédits : Renaud Boistel - CNRS
Phyllomedusa bicolor en préhension sur une branche
Phyllomedusa bicolor en préhension sur une branche Crédits : Daniel Baudin

Lorsque la saison des pluies arrive, la Phyllomedusa bicolor se lance dans une nouvelle activité, ô combien prenante : la recherche d’un partenaire sexuel. Les mâles vont se rassembler autour d’un point d’eau et chanter en chœur en se déplaçant, lançant ainsi leur chant de séduction dans toutes les directions. Il s’agit bien évidemment de conquérir une femelle mais aussi de signifier aux autres mâles de se tenir à distance, distance qui, hélas, n’est pas toujours respectée. Ce qui entraîne alors des corps à corps entre rainettes, très physiques, on s’empoigne et on mesure sa force, jusqu’à ce que l’un des deux lutteurs cèdent, ou pire : tombent au sol ou à l’eau.

L’enjeu est de taille car il y a plus de mâles que de femelles et qui plus est, c’est la femelle qui sélectionnera son reproducteur, en fonction de la qualité et de la puissance de son chant. Le choix une fois effectué, les deux protagonistes se retrouveront dans un court face à face qui se conclura par le demi-tour de la femelle. Le mâle lui montera alors sur le dos, selon une méthode bien connue des amphibiens et, généralement passif, il se laissera véhiculer par la femelle jusqu’au site de ponte des œufs.

Couple Phyllomedusa bicolor
Couple Phyllomedusa bicolor Crédits : Daniel Baudain
Construction du nid par le couple
Construction du nid par le couple Crédits : Daniel Baudain

Si les scientifiques se sont intéressés à cette rainette, ce n’est pas uniquement à cause de son physique simiesque. C’est aussi parce que sa peau sécrète une substance que l’on peut récupérer par simple pression ou raclage qui contient de la deltorphine, une molécule active toxine opioïde plus puissante que la morphine. Chose que savaient parfaitement certaines ethnies amazoniennes qui s’en servent encore comme médicament, quand elles ne l’utilisent pas, comme les Matsés du Pérou, pour des rites magiques de préparation à la chasse.

Prise de son : Renaud Boistel
Conseiller scientifique : Renaud Boistel
Renaud Boistel est ingénieur de recherches au CNRS, à l’IPHEP UMR 7262 de l’université de Poitiers. Docteur en biologie du comportement, il est spécialisé dans l’évolution et l’adaptation des systèmes sensoriels liés à la communication acoustique et à la locomotion. Il explore l’anatomie (des fossiles et des actuels) grâce à l’imagerie 3D. Par ailleurs, il est spécialiste des amphibiens.

Informations supplémentaires de Renaud Boistel sur les phyllomedusa :
Il faut savoir que les premières pontes de l'année peuvent être sur certaines mares de type explosif. J'ai observé une fois plus de vingt couples sur la même mare. Ensuite, les pontes sont étalées tout au long de l'année, plus sporadiquement en fonction de la montée des eaux sur les lisières, par fortes pluies. Pendant la période de gros rassemblements, je pense que les nombreux mâles qui chantent en lisière ou se bagarrent pour une femelle sont une source d'appel et d'excitation pour les individus plus lointains. En effet, j'ai vu des individus en amplexus venant de loin, et traverser la Rn 2 pour aller rejoindre la mare. Je suis assez persuadé qu'ils se dirigent grâce aux nombreux appels.

Nid, oeufs, et capsules vide
Nid, oeufs, et capsules vide Crédits : Daniel Baudain

Notez le bouchon d'œufs stérile sur le dessus du nid qui sert de protection et qu'on voit sur les photos.

Par ailleurs, dans les mares, il y a parfois d'énormes rassemblements de têtards (plusieurs milliers) de phyllomedusa différentes et de tailles différentes.

Photos de Daniel Baudain

L'équipe
Production
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......