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Des bonobos orphelins jouent. Sanctuaire Lola ya bonobo, RDC

Le bonobo

3 min

La première chose qui frappe quand on écoute les bonobos, c’est la puissance de leurs cris : très aigus et stridents, donnant immédiatement l’impression que les singes sont paniqués, terrorisés. Pourtant les situations dans lesquelles le bonobo s’expriment sont très variées.

Des bonobos orphelins jouent. Sanctuaire Lola ya bonobo, RDC
Des bonobos orphelins jouent. Sanctuaire Lola ya bonobo, RDC Crédits : Cyril Ruoso / Minden Pictures / Biosphoto - AFP

Le bonobo ne vit que dans un seul pays au monde, la République démocratique du Congo. Pour une population estimée à 10 à 30 000 individus.

Là, nous sommes précisément dans la province de Bandundu, dans le nord-est du pays. On remonte le cours du fleuve Congo, rive droite c’est le territoire des chimpanzés, rive gauche, celui des bonobos. Et ils sont là dans les arbres, sautant de branche en branche ou marchant à 4 pattes dans les sous-bois. Dans cette forêt assez dense, la visibilité est souvent réduite. Difficile de repérer de visu les autres animaux. Rien de tel alors que le son pour détecter autrui, signaler sa présence, communiquer à longue distance et échanger des informations.

La première chose qui frappe quand on écoute les bonobos, c’est la puissance de leurs cris : très aigus et stridents, donnant immédiatement l’impression que les singes sont paniqués, terrorisés. Pourtant les situations dans lesquelles le bonobo s’expriment sont très variées. Actuellement, on lui connaît plus d’une quinzaine de cris différents, aboiement, grognement, cri de contact, d’alarme… des cris qui peuvent s’organiser sous forme de séquences qui ont chacune leur structure et leur durée propres. Chose remarquable : leurs cris ne sont pas tous stéréotypés. Leur structure peut changer subtilement à chaque production, selon l’identité du bonobo, le contexte, et bien sûr sa position dans les séquences. Chez les bonobos, on a l’art de la transition quand on s’exprime et on passe d’un cri à l’autre, d’un sujet à l’autre, de manière progressive !

Une femelle bonobo appelle un congénaire. Santuaire Lola ya Bonobo, RDC
Une femelle bonobo appelle un congénaire. Santuaire Lola ya Bonobo, RDC Crédits : Cyril Ruoso / Minden Pictures / Biosphoto - AFP

Leur système de communication est très sophistiqué, on a découvert par exemple qu’ils étaient capables quand ils poussaient leur cri « nourriture en vue » de préciser la nature du fruit repéré et sa qualité. Car, contrairement au chimpanzé qui lorsqu’il trouve quelque chose de bon, se tait et le mange seul, le bonobo, lui, a le sens du partage. C’est qu’il vit dans une société beaucoup moins individualiste que celle du chimpanzé.

Autre spécificité des bonobos, leur société à tendance matriarcale : ce sont les femelles qui dominent... Elles ont un système d’alliance très fort, basé sur l’amitié, et non sur les liens de parenté, chose rarissime chez les animaux.

Ainsi même si les mâles se rebellent de temps en temps, les femelles savent les remettre à leur place grâce à ce fameux pacte passé entre elles : elles s’unissent et peuvent se montrer très agressives. On ne maintient pas le pouvoir sans un peu de violence, même chez les bonobos, apôtres du sexe convivial !

Cela dit, il reste vrai que de nombreux conflits se résolvent chez les bonobos grâce aux rapports sexuels, on devrait d’ailleurs plutôt parler de rapides frottements génitaux. Entre mâle et femelle, entre mâles, entre femelles, entre jeune et adulte, on se caresse pour se calmer ou se réconforter. De là à transformer les bonobos en baba cool, hippies du règne animal, il n’y eut qu’un pas à franchir, d’autant plus vite fait que l’étude comportementale des bonobos a commencé dans les années 70, l’air du temps était alors à « faites l’amour pas la guerre » et les bonobos sont devenus les chantres de l’amour libre.

Prise de son : Florence Levréro

Conseillère scientifique : Florence Levréro

Enseignante chercheuse à l'Université Jean Monnet (Lyon/St Etienne) dans le laboratoire ENES (Equipe de Neuro-Ethologie Sensorielle, Institut des Neurosciences Paris-Saclay) depuis 2010, elle s'intéresse à la communication vocale chez nos cousins les primates. Plus précisément au rôle de cette communication dans la régulation des interactions sociales chez les bonobos (mais aussi gorilles et mandrills). Elle cherche à mieux comprendre quelles informations sont transmises par le canal audio et comment elles sont codées dans le signal sonore. Ces animaux ont une vie sociale très développée et complexe qui rend leurs études passionnantes. Ces investigations enrichissent les discussions sur l'histoire évolutive de notre propre langage. Par ailleurs, avec ses collègues elle cherche aussi à décrypter la communication non verbale au sein de notre propre espèce en étudiant les pleurs des bébés.

Une vidéo et reportage au Congo par des Congolais sur le mode de vie des bonobos :

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