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Butor étoilé

Le butor étoilé

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Il arrive, lorsque l’on se promène à l’aube ou au crépuscule en Lorraine dans les étangs de la Chaussée, qu’on entende au loin le son lancinant d’une corne de brume. Pas de mirage possible dans ces contrées pourtant propices à la rêverie, car c’est un oiseau qui chante et lance son appel à l’amour.

Butor étoilé
Butor étoilé Crédits : Kévin Georgin

Le butor étoilé, c’est de lui dont il s’agit, est un oiseau échassier, une sorte de grand héron costaud de 80 centimètres, au plumage brun, de la couleur des roseaux, avec de petites tâches dorées et de minuscules étoiles brunes.

A dire vrai, il est bien difficile à repérer ce butor étoilé, car il vit caché au milieu des roseaux de l’étang. Il marche lentement et discrètement, près de la rive des roselières, tête légèrement enfoncée dans les épaules, à l’affût d’un poisson ou d’une grenouille ou d’un insecte aquatique à attraper. Un bec long et pointu, tirant sur le vert et agrémenté d’une petite moustache noire, des yeux orangés qui guettent une proie. Et hop, quand le butor étoilé passe à l’attaque, le rythme change, il attrape l’individu d’un coup, le transperce avec le bec, le secoue quelques fois avant de l’avaler la tête la première.

Mais au moindre bruit suspect, le butor étoilé s’immobilise, il allonge alors son cou, tend le bec vers le ciel, de telle manière à ce qu’on pourrait le prendre pour un roseau parmi d’autres. D’autant qu’il est capable de rester ainsi des heures durant, et d’osciller au rythme du vent qui agite les roseaux.

C’est un solitaire, qui semble se préoccuper de ses congénères au moment de la période des amours. Le mâle émet alors un chant très grave, entre février et juillet, période de reproduction, pour signaler sa présence aux femelles et délimiter son territoire vis à vis des autres mâles. Ce fameux son de corne de brume.

Le corps tout vibrant, il claque plusieurs fois du bec, puis tend la tête en avant, inspire, puis relève la tête, déploie son cou, et en expirant, il chante. Contrairement aux autres oiseaux, le butor conserve l’air inspiré dans son œsophage et non dans ses poumons. L’œsophage joue alors le rôle d’un gros tube, comme celui d’un instrument à vent. Plus l’instrument est long, plus grave et intense est le son.

Un chant particulier auquel s’est intéressé le comte de Buffon dans son « Histoire naturelle des oiseaux ». Il écrit ceci : « pourrait-on imaginer que cette voix épouvantable, fût l’accent du tendre amour ? Mais ce n’est en effet que le cri du besoin physique et pressant d’une nature sauvage, grossière et farouche jusque dans l’expression du désir »

Pauvre butor étoilé qui n’a pas trouvé grâce aux yeux de Buffon, mais dont la voix grave et mystérieuse saura vous toucher car c’est une espèce particulièrement menacée en Europe, et encore plus en France où la population a drastiquement chuté. Il y a seulement 300 mâles sur le territoire national.

Prise de son : Julian Pichenot

Conseiller scientifique : Julian Pichenot

Julian Pichenot, biologiste-écologue consultant, est diplômé d’un doctorat d’université en Biologie de la Conservation. Naturaliste et scientifique, il s’intéresse aux sons de la nature et à leur étude pour le suivi et la conservation des espèces.

Depuis 2013, en partenariat avec le Parc Naturel Régional de Lorraine et le Conservatoire d'espaces naturels de Lorraine, il expérimente le suivi d'une population de Butor étoilé, grâce à l'enregistrement sonore des mâles chanteurs.

Le site du ministère de l'environnement, de l'énergie et de la mer où est archivé le rapport du "Plan National de Restauration" de cet oiseau menacé.

Recherche iconographique : Frédéric Guilbert (Sonothèque du Muséum d'Histoire Naturelle)

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