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Un banc de harengs au large de l'Australie

Le hareng

3 min

Penchons-nous sur la vie et les mœurs de ce poisson, qui est à l’origine d’un grand mystère auquel ont été confrontés les oreilles d’or, ces sous-mariniers militaires chargés d’écouter les bruits de la mer.

Un banc de harengs au large de l'Australie
Un banc de harengs au large de l'Australie Crédits : ARDEA/MARY EVANS - Sipa

On pense à peu près tout savoir sur les déclinaisons du hareng : frais, fumé, salé, saur, pec et j’en passe, mais avant qu’il ne finisse en boite, dans un tonneau ou en marinade, penchons-nous sur la vie et les mœurs de ce poisson, qui est à l’origine d’un grand mystère auquel ont été confrontés les oreilles d’or, ces sous-mariniers militaires chargés d’écouter les bruits de la mer.

Notre hareng, joli poisson au corps argenté, parfois comprimé latéralement, écailles petites et caduques, queue fourchue, petite bouche vit en banc dans différentes mers. On le trouve par exemple dans l’Atlantique nord ou dans la mer Baltique. Jamais très loin des côtes, il préfère aller dans les profondeurs en journée mais aime remonter à la surface de l’eau lorsque la nuit s’installe. C’est aussi près de la surface de l’eau que le hareng choisit de se reproduire en très grand nombre dans une excitation fébrile. Des ébats qui ont passionné Jules Michelet au point d’écrire en 1861 dans son livre « La Mer » ceci :

« Des profondeurs à la surface un monde vivant vient de monter, suivant l’attrait de la chaleur, du désir et la lumière. Celle de la lune pâle (…) rassurant fanal qui semble les enhardir à une grande fête de l’amour. Ils montent, ils montent tous ensemble, pas un ne reste en arrière. Ensemble ils viennent au printemps prendre leur petite part du bonheur universel : voir le jour, jouir et mourir. »

Michelet aurait pu ajouter que cette grande scène d’amour collective se passait au milieu d’un tourbillon de bulles. Des millions de bulles sonores, longs chapelets produits par les harengs lorsqu’ils viennent aspirer l'air en surface afin de gonfler leur vessie natatoire, de l’air qu’ils choisissent délibérément de faire sortir par un canal pneumatique situé près de l'anus.

Le rôle de ces sons n'est pas connu, de façon certaine. Les chercheurs ont avancé qu'ils pouvaient distraire les prédateurs comme les orques par exemple ou qu'ils pouvaient aider les poissons à se retrouver après la dispersion des bancs. Il reste pour le moment que l’on ne sait pas si ces bulles sonores sont des outils de communication entre eux.

Mais revenons-en à nos oreilles d’or écoutant les sons des océans, du fond de leurs sous-marins. Nous sommes dans les années 60, en pleine guerre froide, au cœur de la mer Baltique, et voilà maintenant deux ans que les militaires suédois travaillent d’arrache pied à décrypter un bruit dit « blanc » perçu dans l’eau, un crachouillis qui active toutes les fréquences possibles avec la même intensité, et surtout qui peut servir de masquage aux déplacements des sous-marins - soviétiques en l’occurrence. Leurs recherches ne mènent à rien, et malgré tous leurs hydrophones, ils ne trouvent aucune trace d’un sous-marin espion. Jusqu’à ce qu’en désespoir de cause, ils finissent par contacter des biologistes, qui eux aussi, travaillent sur les sons de la mer. C’est alors qu’ils apprennent que ce « bruit blanc » correspond en fait à des milliers de harengs en pleine parade amoureuse extatique et sonore. Un son bien éloigné des réalités de la guerre…

Prise de son : Magnus Wahlberg (Aarhus University, Danemark)

Conseillers scientifiques : Jean-Paul Lagardère et Eric Parmentier (tu as sa bio. Cf poisson clown)

Jean-Paul Lagardère est océanographe-biologiste, ayant fait sa formation et son doctorat d’Etat à l’université d’Aix-Marseille. Son sujet de thèse portait sur l’analyse des communautés animales peuplant la pente continentale du golfe de Gascogne. Dans ce milieu, le rayonnement solaire est absent et les productions énergétiques qui lui sont liées également. Les animaux sont donc contraints, pour en bénéficier, d’aller les rechercher dans les couches de surfaces de l’océan. C’est ainsi que divers prédateurs (dont de nombreuses crevettes), par le jeu de leurs migrations verticales journalières de 400 à 1000 m d’amplitude et par divers relais prédateurs-proies, véhiculent chaque jour des apports de l’énergie solaire jusqu’aux abords du domaine abyssal.

Mais dans ces milieux où règne une obscurité totale, où la détection visuelle est impossible, se posait la question : comment font les divers prédateurs pour repérer leurs proies aussi mobiles qu’eux pour la plupart ? Une réponse possible : ils ont l’équipement sensoriel nécessaire pour identifier et localiser la signature acoustique du déplacement de leurs proies au sein du milieu liquide. Cette utilisation des signaux sonores et vibratoires a fasciné Jean-Paul Lagardère car toutes les rencontres en milieu profond en dépendent. Après une formation en acoustique dans les IUT de La Rochelle et Limoges, il a choisi de poursuivre ses recherches dans le domaine des relations poissons-environnement météorologique. Le vent et la pluie sont à l’origine d’une production sonore et vibratoire importante au sein de la masse d’eau, ce qui renseigne le poisson sur l’état de surface de la mer et modifie ses déplacements vers les zones abritées sous le vent ou vers la profondeur.

Sa rencontre avec Eric Parmentier a été l’occasion de s’intéresser à la communication sonore chez les poissons et tout particulièrement chez les Carapidés qui faisaient l’objet de la thèse de morpho-anatomie fonctionnelle d’Eric Parmentier. Pouvoir associer des mécanismes anatomiques à des productions sonores bien définies a été pour eux deux un vrai défi et le point de départ d’une collaboration fertile et joyeuse.

Pour retrouver d’autres sons de la mer, vous pouvez écouter « Poissons, les voix des océans », un disque de Jean-Paul Lagardère et Eric Parmentier avec guide sonore et commentaires. L’oreille verte, Nashvert production. www.oreilleverte.com

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