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Le jarvoutis

Le jarvoutis, prédateur des brumes

4 min

Lorsqu’il part en chasse, il secoue ses ailes, pousse un cri long et modulé et prend son envol jusqu’à ce qu’il repère un troupeau d’herbivores, au-dessus duquel il va planer en cercles concentriques, ombre sinueuse, insistante et menaçante, qui va créer un mouvement de panique chez les animaux.

Le jarvoutis
Le jarvoutis Crédits : Sébastien Lambeaux

C’est un oiseau de très grande taille, dont l’envergure dépasse légèrement celle l’albatros hurleur, seul oiseau capable de le concurrencer : trois mètres 80, ailes toutes déployées. Un bec crochu qui tire sur le violacé, une houppette composée de 5 plumes qu’il redresse en signe de courroux. Son corps long et fin, gris perlé, sinueux comme un serpent est agrémentée d’une grande queue de plumes souples aux reflets argentés.

L’extraordinaire gabarit de cet animal n’en fait pas moins qu’il reste très difficile à observer, car il ne sort qu’entre chien et loup quand les ombres se confondent avec celle de la nuit rampante. Solitaire, discret dans ses apparitions, il ne quitte le haut de la falaise de Roukrakt où il aime se terrer que lorsque la faim le tenaille, étant capable de jeûner quelques jours d’affilée. Lorsqu’il part en chasse, il secoue ses ailes, pousse un cri long et modulé et prend son envol jusqu’à ce qu’il repère un troupeau d’herbivores, au-dessus duquel il va planer en cercles concentriques, ombre sinueuse, insistante et menaçante, qui va créer un mouvement de panique chez les animaux. Au point où l’un d’entre eux, peut être un peu plus fragile qu’un autre, ivre de peur, tentera de quitter le troupeau pour rejoindre un abri couvert. Moment qu’attendait patiemment le jarvoutis, qui se laissera alors tomber en piqué sur le mammifère qu’il attrapera toutes griffes dehors en poussant son célèbre cri de victoire, une succession de sons gutturaux dépassant les 130 décibels à un mètre, paralysant ainsi d’effroi sa proie qui se laissera emportée sans la moindre résistance. La scène n’aura duré que quelques secondes, avec comme uniques preuves du passage du jarvoutis : ce cri terrifiant. Et, restée au sol, l’une de ses longues plumes argentées.

La présence quasi fantomatique de cet oiseau a donné lieu à une vaste littérature, certains le disent né d’un œuf d’albatros fécondé par un serpent, d’autres pensent que quiconque croise son regard meurt foudroyé. Quand on ne le tient pas pour responsable des épidémies de gangrènes qui déciment les herbivores de la région. On raconte même qu’il est capable de soulever un éléphant dans les airs et de le porter au sommet de sa falaise pour le dévorer par petits bouts.

Les rumeurs, anecdotes et faits plus ou moins avérés ont ainsi circulé jusqu’au début du 20e siècle. Lorsqu’un jour, une délégation de savants chinois a débarqué à Roukrakt, les Chinois comme chacun le sait étant experts en dragons, animaux qu’ils considèrent contrairement à la plupart des Occidentaux, comme des créatures bienveillantes. En observant les plumes argentées laissés au sol par le jarvoutis, ils en arrivèrent à la conclusion que c’était un qiu, comprenez un dragon sans cornes, mais qui comme tous les dragons, est symbole de vie et d’énergie.

Ce qui est certain c’est qu’aujourd’hui encore, les habitants de Roukrakt entendent régulièrement le cri du jarvoutis déchirer la nuit, faisant alors basculer la réalité vers le rêve, l’animal vers la chimère.

Prise de son : David Reby

Crédit photo : Sébastien Lambeaux
Sébastien Lambeaux est chaman fétichiste
www.sebastienlambeaux.fr
https://www.facebook.com/sebastien.lambeaux

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