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Manchot empereur (Aptenodytes forsteri), Barrière de Ross, Cap Washington, Antarctique

Le manchot empereur

3 min

Au milieu d’une colonie de manchots, l’ambiance est assourdissante, 75 décibels, soit l’équivalent du périphérique aux heures de pointe. Les manchots sont bruyants.

Manchot empereur (Aptenodytes forsteri), Barrière de Ross, Cap Washington, Antarctique
Manchot empereur (Aptenodytes forsteri), Barrière de Ross, Cap Washington, Antarctique Crédits : Dbush - Wikimedia Commons

Avec ses 1 mètre 20 de hauteur, c’est le plus grand des manchots. On le trouve sur le continent antarctique, là où peu de bêtes sont capables de supporter de telles conditions climatiques. Car sous ses airs chic, vêtu de son smoking noir, sait-on que le manchot possède quatre épaisseurs de plumes en forme d’écaille et une bonne couche de graisse qui l’isolent parfaitement des tempêtes de vent, qui peuvent atteindre 300km/heure dans ces contrées et des températures descendant jusqu’à moins 60.

Pendant longtemps à voir ces colonies de manchots regroupés les uns contre les autres, soit plusieurs dizaines de milliers d’individus, on a cru qu’ils formaient une vraie communauté avec des règles de partage et d’entraide. Il n’en est rien, c’est chacun pour soi. A une nuance près tout de même, puisque le manchot se préoccupe beaucoup de son partenaire et de son poussin. Et nous voilà au milieu d’une colonie de manchots où convenez-en, l’ambiance est assourdissante, 75 décibels, soit l’équivalent du périphérique aux heures de pointe. Les manchots sont bruyants.

Manchots empereurs
Manchots empereurs Crédits : xraylori6061 - Pixabay (CC)

Les scientifiques se sont demandés comment, dans ce brouhaha incessant, les animaux pouvaient se reconnaître. C’est à la voix. Chacun a un son qui lui est propre. L’expérience a même été faite de mettre des boules Quiès dans les oreilles d’un manchot et un morceau de scotch sur son bec, il passera à côté de sa partenaire sans lui jeter le moindre regard. Tout dans la voix, rien dans le physique.

Une reconnaissance vocale notamment bien utile quand l’un des membres du couple part en mer. En effet, durant l’hiver antarctique, en juillet/août, la femelle empereur va pondre son œuf, qu’elle va ensuite pousser dans les pattes de son partenaire. Le mâle va garder l’œuf au chaud afin qu’il ne gèle pas. Puis, la femelle prend la direction de la mer, elle traverse la glace, pêche et s’absentera environ un mois et demi. En attendant le mâle couve et jeûne. Il peut perdre jusqu’à 40 % de son poids car personne d’autres de la colonie n’ira le nourrir. Autant vous dire que les retrouvailles avec la femelle sont vitales, et pour lui et pour le petit. Sinon, les deux mourront.

Un mois et demi plus tard, revenue de la pêche, la femelle regagne la colonie, énorme et titubante, l’estomac rempli à ras bord de petits poissons et de calamars, qu’elle régurgitera dans le bec de son mâle et de son petit, s’il est sorti de l’œuf. Comment retrouver partenaire et jeune dans un lieu si bruyant sans repère visuel, ni place assignée?

Et bien la femelle va se rendre au centre de la colonie, lever la tête puis la baisser d’un coup sec en émettant un son qui va être amplifié par sa cage thoracique. Puis elle décrira une spirale en appelant son mâle tous les 16 mètres, ce qui correspond à la capacité de détection des manchots. Jusqu’à ce que la famille soit de nouveau réunie. Ce même scénario se reproduira pendant les mois qui suivent. Puis un jour la glace va fondre, le jeune va muer et se jeter à l’eau. Ce sera l’heure des séparations et chacun vivra sa vie de son côté, comme bon lui semble.

Prise de son : Thierry Aubin

Conseiller scientifique : Thierry Aubin

Après des études de neurobiologie et d’éthologie, Thierry Aubin s’est spécialisé dans les communications acoustiques animales. Il s’est en particulier intéressé aux communications des manchots, oiseaux chanteurs et otaries. Il a publié plus d'une centaine d’articles scientifiques et a effectué de nombreuses missions en Arctique, Antarctique et Amazonie. Directeur de Recherche au CNRS, il dirige l’équipe « communications acoustiques » au sein de l’UMR 9197 Neuro-PSI de l’Université Paris-Sud.

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