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Un mandrill

Le mandrill, un singe à l'unisson

3 min

Le répertoire vocal du mandrill est étudié depuis peu. On lui connaît pour le moment une dizaine de cris, émis dans des contextes différents.

Un mandrill
Un mandrill Crédits : PIROSCHKA VAN DE WOUW/EPA - Maxppp

Sa gueule frappe d’emblée par son extravagance, un museau allongé parcouru par de larges sillons d’un bleu soutenu, entourant des narines rouges, l’ensemble de la face étant agrémenté d’une collerette de poils blancs. Des couleurs et ornementations uniques chez les primates (encore plus chez les mammifères), qui pourtant ne lui ont pas valu que des compliments, Buffon trouvait ce cousin du babouin « d’une laideur désagréable et dégoûtante ». Pourtant la couleur est chez le mandrill, synonyme de beauté, voire même un puissant attractif sexuel. Les femelles ne s’y trompent pas, elles qui choisiront, comme reproducteur, le mâle le plus flamboyant. Car plus les couleurs sont vives, plus le mâle est dominant, en grande forme et en excellente santé.

Seuls un à trois mâles dominants assureront la descendance d’un groupe complet de mandrills. Car chez les mandrills, l’organisation sociale se fait autour des femelles. Un système matrilinéaire composé de différents lignages de femelles - grand-mère, mère, fille, petite-fille, très soudées, qui s’allient et se soutiennent. Les mâles qui naissent, quitteront la troupe une fois adolescents et chercheront à en rejoindre une autre.

Ainsi, les quelques mâles dominants présents dans le groupe sont ceux qui ont réussi à s’imposer et se faire accepter pour la reproduction.

Une période de reproduction propice aux affrontements entre mâles. Pendant la petite saison sèche, de juin à août, les mâles font des démonstrations de force, aussi bien physiques que sonores, afin d’établir leur rang de dominance. Ils peuvent se mettre l’un en face de l’autre, se provoquer, faire des simulacres d’attaque. La tension va monter crescendo si aucun ne bat en retraite, allant jusqu’aux coups de pattes aux ongles tranchants et coups de canines que les mandrills ont effilées comme des lames de rasoir. Ceci étant dit, le mandrill est en temps normal un animal calme et peu agressif, mais pendant la saison des amours, les places de dominant sont chères, avouez que l’enjeu est de taille.

Le répertoire vocal du mandrill est étudié depuis peu. On lui connaît pour le moment une dizaine de cris, émis dans des contextes différents. Il y a le cri de contact « kak kak kak » au moment de fourrager, un cri de mise en marche quand le groupe se met en mouvement. Bien sûr, on trouvera chez eux des cris d’alarme, de peur, de menace, des grognements. On a découvert plus récemment que chaque individu avait une signature génétique décelable dans la voix. Un mandrill même s’il ne voit pas un autre individu saura au son s’il appartient à la même famille que lui, même s’il ne l’a jamais rencontré. Il lui apportera alors plus facilement son soutien tout comme il évitera de se reproduire avec lui. A cette signature génétique, on peut ajouter une tendance à « sonner » pareil quand on vit dans le même groupe. Un même groupe va développer une même façon de s’exprimer. Une sorte de mimétisme vocal qui montre à quel point les choses ne sont pas figées chez les mandrills. En fonction des individus avec qui ils vivent, des rencontres faites et des affinités créées, les mandrills vont évoluer différemment, leur manière de communiquer en étant une des preuves.

Prise de son et conseillère scientifique : Florence Levréro
Enseignante chercheuse à l'Université Jean Monnet (Lyon/St Etienne) dans le laboratoire ENES (Equipe de Neuro-Ethologie Sensorielle, Institut des Neurosciences Paris-Saclay) depuis 2010, elle s'intéresse à la communication vocale chez nos cousins les primates. Plus précisément au rôle de cette communication dans la régulation des interactions sociales chez les bonobos (mais aussi gorilles et mandrills). Elle cherche à mieux comprendre quelles informations sont transmises par le canal audio et comment elles sont codées dans le signal sonore. Ces animaux ont une vie sociale très développée et complexe qui rend leurs études passionnantes. Ces investigations enrichissent les discussions sur l'histoire évolutive de notre propre langage. Par ailleurs, avec ses collègues elle cherche aussi à décrypter la communication non verbale au sein de notre propre espèce en étudiant les pleurs des bébés.

Lien scientifique sur les mandrills "Projet Mandrillus"

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