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Typhlobrixia namorokensis

Le typhlobrixia namorokensis, insecte rythmique

3 min

Lorsqu’un « typhlo » commence à tambouriner sa plante hôte, les autres répondent et parlent tous en même temps. Dans le soi-disant silence de la grotte, existe en réalité un brouhaha phénoménal !

Typhlobrixia namorokensis
Typhlobrixia namorokensis Crédits : Thierry Bourgoin - MNHN

C’est une bête cavernicole, qui vit dans les grottes. On la trouve sur les racines qui pendent au plafond des cavernes, elle s’y nourrit de la sève des plantes. Quand on vit depuis des générations et des générations dans des lieux très sombres, voire sans aucune source lumineuse, on a tendance à perdre ses couleurs. Les insectes cavernicoles ont souvent subi des modifications morphologiques conséquentes : décoloration, réduction des ailes, diminution de la taille des yeux, voire parfois leur disparition complète. Le typhlobrixia namorokensis, que nous nommerons pour des raisons de commodité « typhlo » fait partie de ce type d’insectes. Environ six millimètres, avec des pattes blanches, une tête blanche aux yeux composés, relativement réduits, plutôt rougeâtres, avec des ailes bruns fumés, perlées de cire chez les femelles.

Le « typhlo » vit à Madagascar, au nord-ouest du pays dans le massif de Namoroka, paysage minéral et tourmenté, composé de cours d’eau essentiellement souterrains et d’un sous-sol parcouru de nombreuses cavités, dans lesquelles on peut croiser nos « typhlos ». L’affaire n’est pas si simple, car les grottes sont souvent inondées, difficiles d’accès et habitées par les crocodiles. Pour observer des « typhlos », les entomologistes se rendent donc dans le massif en octobre/novembre en période sèche. Ce qui ne les empêche pas de rester prudents. On a beau être à quatre pattes absorbé par l’objet de sa recherche, on peut tout à fait tomber nez à nez avec un crocodile. D’autant que pour ne pas effrayer les « typhlos », on évitera d’allumer sa lampe frontale, rendant l’expérience encore plus complexe car on n’y voit quasiment rien dans ses grottes.

A dire vrai, ce n’est pas tant le physique du « typhlo » qui passionne les entomologistes que sa production sonore, pourtant inaudible à l’oreille humaine. Bien campé sur sa racine, cet insecte s'en sert comme support de communication en la faisant vibrer…. En rythme. Comment s’y prend-il ? On n’en sait rien puisqu’il est hors de question d’allumer la lampe frontale, il arrêterait immédiatement de bouger. On imagine donc soit qu’il tambourine à l’aide de son abdomen, soit qu’il fait trembler l’ensemble de son corps…. Toujours est-il qu’en produisant ces vibrations, le son se propage de racine en racine sur une distance de 2 mètres 50 environ. Permettant aux autres « typhlos » de prendre connaissance du message (capté grâce aux soies sensorielles placées sur leur pattes). Pour les enregistrer, les entomologistes utilisent une petite aiguille de gramophone qu’ils plantent sur la racine et qu’ils relient à un amplificateur. On ne sait pas encore exactement ce que se racontent les « typhlos » : est-ce un appel à l’amour ? Un signal d’alerte ? Un chant de rivalité ? Ce qui est sûr c’est que lorsqu’un « typhlo » commence à tambouriner, les autres répondent et parlent tous en même temps. Dans le soi-disant silence de la grotte, existe en réalité un brouhaha phénoménal !

Prise de son : Adeline Soulier
Conseillère scientifique : Adeline Soulier
Maître de conférences du Muséum national d'Histoire Naturelle, Adeline Soulier fait de la recherche dans le domaine de la systématique des insectes Auchenorrhynques (Hémiptères). Son travail commence par des collectes d’insectes sur le terrain, essentiellement dans des régions tropicales. De retour en laboratoire, commencent les identifications, et les descriptions d’espèces nouvelles pour la science. Elle fait des reconstructions phylogénétiques afin de rendre compte des apparentements entre ces espèces puis elle utilise ces phylogénies pour tester des hypothèses d’évolution de traits de vie ou d’histoires biogéographiques. Etant maître de conférence du Muséum, cela implique aussi qu’elle est en charge d’une partie des collections.

Article de la sonothèque du MNHN sur le son du typhlobrixia namorokensis

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