LE DIRECT
Crevette-pistolet

La crevette pistolet, cowboy des océans

3 min

Le bruit que font les crevettes pistolet est tellement puissant (on peut l’entendre à des kilomètres à la ronde) que ce sont les militaires les premiers qui ont commencé à étudier ces invertébrés, les craquements qu’elles produisaient gênant le bon fonctionnement des sonars des sous-marins…

Crevette-pistolet
Crevette-pistolet Crédits : Erwan AMICE / CNRS

On pourrait la surnommer le cowboy des océans, cette crevette pistolet, elle qui semble tirer plus vite que son ombre. Car ce crustacé de 3 à 5 cm possède une arme redoutable : une pince « pistolet » complètement démesurée par rapport à sa taille, qui lui permet de chasser ou de se défendre. Un claquement de pince et tac, la proie est stupéfiée, assommée, voire tuée. Le tout en moins d’une seconde.

La scène vaut la peine d’être vécue au ralenti. Sur notre gauche, la crevette pistolet toute pince dehors ; sur notre droite, placée à quelques millimètres, la future victime.

Zoom sur la crevette qui brandit sa grande pince : on découvre alors que la fermeture très rapide de la pince provoque un jet d’eau puissant qui crée un décalage de pression avec l’extérieur de la pince. L’eau est composée de microscopiques bulles d’air et c’est l’une de ces petites bulles qui, capturée dans la région de basse pression située à l’intérieur de la pince, grandit d’un coup et implose.

Le bruit que l’on entend provient de cette implosion et non de la fermeture de la pince : c’est une onde de choc qui pulvérise tout sur son passage ! Imaginez la chose : fermeture de la pince à la vitesse de 20 mètres par seconde, jet qui se projette à plus de 30 mètres par seconde. L’effet pistolet, de notre crevette!

Le bruit que font les crevettes pistolet est par ailleurs, tellement important et puissant (on peut l’entendre à des kilomètres à la ronde), que ce sont les militaires les premiers qui ont commencé à étudier ces invertébrés, les craquements qu’elles produisaient gênant le bon fonctionnement des sonars des sous-marins…

Il faut dire que c’est une espèce bruyante, très sociale vivant en groupe. Un peu à la manière des fourmis et des abeilles, les crevettes pistolet ont une organisation sociale tout à fait passionnante, avec pour certaines espèces, une reine crevette et des subalternes qui la secondent. Les individus ont des tâches assignées : par exemple ceux qui sont plus forts, comprenez ceux qui ont la pince plus grande, vont se dédier à la défense du territoire. Autre spécificité, de façon générale, les crevettes défendent le territoire en couple. Mais si jamais une crevette se trouve en difficulté face à un intrus et n’arrive pas à le faire fuir, la colonie toute entière va se mettre alors à claquer pour chasser l’individu.

Chez les crevettes pistolet, le claquement a plusieurs fonctions : la communication entre les deux sexes, l’affirmation sexuelle au moment de la reproduction mais aussi la défense du territoire, la défense du partenaire face à un danger et bien sûr le fameux claquement pistolet utilisé pour chasser et assommer la proie. Que de messages délivrés dans ces claquements… Des messages dont se servent d’ailleurs les scientifiques pour étudier le paysage acoustique de la mer. Tout comme l’oursin et la coquille Saint-Jacques, la crevette pistolet peut aussi être une sentinelle environnementale : elle est facile à détecter, le rythme de ses craquements varie en fonction du jour et de la nuit, tout comme la fréquence de fermeture de sa pince en fonction de la température et l’oxygène. De précieuses informations qui permettent ainsi sur la durée de sonder le moral et l’humeur de l’océan.

Prise de son : Lucia Di Iorio, chaire CHORUS, Fondation Grenoble INP
Conseillère scientifique : Lucia Di Iorio
Née à Bâle, en Suisse, d’origine italienne et bretonne d’adoption, Lucia di Iorio vit avec une oreille dans l’eau depuis plus de 15 ans. Elle est co-titulaire de la chaire CHORUS de la Fondation Grenoble INP avec son collègue Cédric Gervaise. Elle étudie les écosystèmes marins à travers les paysages sonores, en analysant les bruits biologiques (invertébrés, poissons et mammifères marins), les bruits naturels abiotiques (vent, pluie, glace…) et les bruits humains (bateaux, travaux, …) ainsi que leurs interactions. Cette recherche sert entre autres à appréhender l'état des environnements marins et ses changements dans un but de gestion et conservation.

Pour en savoir plus sur la Chaire CHORUS, de la Fondation Grenoble INP

Rediffusion du 26 août 2016.

L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......