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« Après Babel, traduire » – Décembre 2016 – Mucem

Barbara Cassin : "Traduire, c’est comprendre que soi-même, on parle une langue parmi d’autres, nous ne sommes pas «seuls»"

22 min

La philologue et philosophe Barbara Cassin est la commissaire d'une exposition au Mucem à Marseille qui montre comment la traduction fonde notre rapport au monde, à l'Histoire et à la transmission, en abordant des questions fondamentales par le biais de l'art contemporain, de manuscrits, d'objets...

« Après Babel, traduire » – Décembre 2016 – Mucem
« Après Babel, traduire » – Décembre 2016 – Mucem Crédits : © Mucem – Agnès Mellon

Aujourd'hui, dans Paso Doble :

Barbara Cassin, directrice de recherche au CNRS, philologue, philosophe et commissaire générale de l’exposition Après Babel, traduire, au Mucem à Marseille jusqu’au 20 mars 2017.

La traduction c’est de l’énergie, comme une langue, une œuvre n’est jamais close, une langue n’est jamais close, une traduction n’est jamais close. Il y a plus d’une bonne traduction, on le montre d’emblée dans l’exposition quand on entend Mesguich lire plusieurs traductions de l’épisode de Babel, très différentes. Il y a plus d’une bonne traduction de même qu’il y a plus d’une langue, Humboldt est le philosophe qui l’a le mieux dit, bien avant Derrida, à la fin du 19ème siècle allemand, il explique que chaque langue est comme une vision du monde, et que chaque traduction est aussi une réappropriation d’une œuvre et c’est ce qu’on avec voit avec Poe, Baudelaire, Mallarmé, Artaud, Pessoa, tous traduisent et se fabriquent eux-mêmes en traduisant. Chacun de ces poètes, c’est lui ! On entend Baudelaire, Mallarmé, Artaud, Pessoa, en entendant Poe. Et c’est à travers eux que Poe devient le grand écrivain qu’il est, devient ce que Baudelaire voulait faire de Poe, qui était un écrivain anglais méconnu, un grand écrivain français.

« Après Babel, traduire » – Décembre 2016 – Mucem
« Après Babel, traduire » – Décembre 2016 – Mucem Crédits : © Mucem – Agnès Mellon
« Après Babel, traduire » – Décembre 2016 – Mucem
« Après Babel, traduire » – Décembre 2016 – Mucem Crédits : © Mucem – Agnès Mellon

Pour moi, la pratique de la traduction, ce sont des éventails qui s’ouvrent les uns après les autres et aussi des pistes qui se ferment, comme autant d’hypothèses, certaines meilleures que d’autres à certains moments parce qu’on veut faire voir quelque chose qu’on n’a pas vu jusqu’alors.

« Après Babel, traduire » – Décembre 2016 – Mucem
« Après Babel, traduire » – Décembre 2016 – Mucem Crédits : © Mucem – Agnès Mellon

Les Mille et Une Nuits n’existent comme on les connaît que via la traduction que Antoine Galland a faite de contes enchassés et d’un manuscrit en particulier qui lui a été rapporté par un chrétien d’Alep.

« Après Babel, traduire » – Décembre 2016 – Mucem
« Après Babel, traduire » – Décembre 2016 – Mucem Crédits : © Mucem – Agnès Mellon
« Après Babel, traduire » – Décembre 2016 – Mucem
« Après Babel, traduire » – Décembre 2016 – Mucem Crédits : © Mucem – Agnès Mellon

L'exposition

Le Mucem présente du 14 décembre 2016 au 20 mars 2017 l’exposition Après Babel, traduire.
“Babel” : en hébreu, cela veut dire “Confusion”. Babel, la diversité des langues, est-ce une malédiction ou une chance ? Réponse : une chance, à condition de traduire.
La traduction est l’un des grands enjeux culturels et sociétaux d’un monde globalisé. Traduire, c’est préférer à une communication rapide et basique dans une langue dominante plus ou moins artificielle (aujourd’hui le « global english » ou globish) un travail coûteux et parfois déconcertant sur la différence des langues, des cultures, des visions du monde, pour les comparer et les mettre en harmonie.
La traduction est d'abord un fait d'histoire : les routes de la traduction, via le grec, le latin, l'arabe, sont celles de la transmission du savoir et du pouvoir. «La langue de l’Europe, c’est la traduction», a dit Umberto Eco. Les civilisations d’Europe et de Méditerranée se sont construites sur cette pratique paradoxale : dire « presque » la même chose, et inventer en passant, à la confluence des savoirs et des langues.
C'est aussi un enjeu contemporain. La diversité des langues apparaît souvent comme un obstacle à l’émergence d’une société unie et d’un espace politique commun, mais l’exposition Après Babel, traduire inverse cette proposition et montre comment la traduction, savoir-faire avec les différences, est un excellent modèle pour la citoyenneté d’aujourd’hui.
Partant d’une abstraction - le passage d’une langue à une autre -, l’exposition donne à voir, à penser et à voyager dans cet entre-deux. Du mythe de Babel à la pierre de Rosette, d’Aristote à Tintin et de la parole de Dieu aux langues des signes, elle présente près de deux cents œuvres, objets, manuscrits, documents installations, qui manifestent de façon spectaculaire ou quotidienne les jeux et les enjeux de la traduction.

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Intervenants
  • philosophe, philologue, directrice de recherche au CNRS et Académicienne
L'équipe
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