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Jésus-la-Caille, dessin de Chas Laborde, gravé sur bois par Jules Germain, pour le roman de Francis Carco, "Jésus la Caille" (Ronald Davis, 1920).

Jésus-la-Caille ou la Sexualité sans jugement - diptyque des mauvais garçons 2/2

28 min
À retrouver dans l'émission

Qui est Jésus-la-Caille, garçon de vingt ans, à l"indéfinissable tournure", selon la formule de Francis Carco en 1914? Il est gay. Il est également proxénète. C’est à Montmartre, vers 1910.

Jésus-la-Caille, dessin de Chas Laborde, gravé sur bois par Jules Germain, pour le roman de Francis Carco, "Jésus la Caille" (Ronald Davis, 1920).
Jésus-la-Caille, dessin de Chas Laborde, gravé sur bois par Jules Germain, pour le roman de Francis Carco, "Jésus la Caille" (Ronald Davis, 1920). Crédits : Chas Laborde/ Ed. Ronald Davis

Jeune voyou qui a le "bonheur sombre", Jésus-la-Caille est effondré au début du roman : son amoureux Bambou a été arrêté par la police. Il répond aux avances de la prostituée Fernande et se met en ménage avec elle. Comme lui, elle attend son amoureux emprisonné, son souteneur, dit le Corse. Dans son roman Jésus-la-Caille, Francis Carco parle de manière très ouverte des prostituées, des souteneurs, des homosexuels à Montmartre et à Belleville, au début du XXe siècle.

Francis Carco était un bon romancier, un bon poète, rappelle Charles Dantzig. 

"Né dans la nature, à Nouméa, en s'établissant à Paris, il a plongé dans la culture, culture tellement avancée qu'elle était déjà corrompue. C'est celle du Montmartre 1900. Son premier roman, "Jésus-la-Caille", a été publié en 1914. Un très bon roman, avec quelque chose de voyou et d'élégant à la fois, ne jugeant pas ses personnages, ni en bien ni en mal." 

Qui est Jésus-la- Caille? Pour en parler et pour conclure le diptyque des mauvais garçons, commencé la semaine dernière avec le Bubu de Montparnasse de Charles Louis-Philippe, Charles Dantzig reçoit Denis Pernot, Professeur de littérature à l'Université de Sorbonne Paris-Nord, Directeur de l'UFR "Lettres, Langues, Sciences humaines et de société", spécialiste de la littérature romanesque et de la littérature d'idées au tournant des siècles. Il a récemment publié Henri Barbusse. Les Discours du Feu, (aux Éditions universitaires de Dijon, 2018)

Denis Pernot explique la difficulté à saisir le visage de Jésus-la-Caille et combien cette difficulté est révélatrice dans le roman :  

"Ce qui est frappant, c'est que le corps et le visage de Jésus-la-Caille sont équivoques. C'est un mot qui revient très régulièrement dans le roman, puisqu'en fait, Jésus-la-Caille porte des traits qui sont des traits plutôt féminins que masculins. Il allie des traits féminins à des traits masculins. (...) Jésus-la-Caille est un porteur d'oxymore ou d'antithèse, dans le roman, y compris quand on évoque non plus son corps, mais son caractère. Il a la "tristesse chaude", le "bonheur sombre", et on trouverait toutes sortes d'expressions qui fonctionnent comme ça, comme un personnage qui, finalement, ne fait pas complètement corps."

Le jeune souteneur, dont on ne connaît pas le nom à l'état civil, est désigné par son surnom "Jesus-la Caille". Denis Pernot explique que ce surnom était plus explicite au moment où le roman a paru :

"les Jésus", c'étaient des "invertis", comme on disait, des homosexuels, plutôt jeunes. Le terme entre, semble-t-il, dans le lexique vers les années 1830-1835. Il est très régulièrement utilisé dans des souvenirs de gens de police".

Auteur :  Francis Carco, 1886-1958.

Œuvre :  Jésus-la-Caille, roman, 1914.

Personnage : Jésus-la-Caille.

Adaptations : Jésus-la-Caille, deux adaptations pour le théâtre en 1952, par Frédéric Dard, puis en 2004. Une adaptation au cinéma, M’sieur la Caille, par André Pergament, en 1955. A noter que la sexualité du personnage est changée dans le film, ce qui détruit tout son intérêt. 

Gravures d'Auguste Brouet, pour la publication du roman de Francis Carco, "Jésus-la-Caille" par les Ed. l’Estampe, en 1925.
Gravures d'Auguste Brouet, pour la publication du roman de Francis Carco, "Jésus-la-Caille" par les Ed. l’Estampe, en 1925. Crédits : A. Brouet/Ed. l’Estampe

Charles Dantzig cite le poème de Francis Carco, "Minuit" (Romance de Paris) :

Au fond de l’impasse,  
Un hôtel de passe :  
Il pleut, c’est minuit.  
J’entends sonner l’heure  
D’une voix qui pleure  
Et le pavé luit.  
Qui donc ici passe ?  
Quelle ombre s’efface ?  
Quelle autre la suit,  
Au fond de l’impasse,  
Par ce soir de pluie?

Bibliographie

Francis Carco, Jésus-la-Caille, Albin Michel

Jean-Jacques Bedu, Francis Carco, au cœur de la bohème, Le Cherche-Midi

Philippe Chabaneix, Francis Carco, « Poètes d’aujourd’hui », Seghers

Jean Genet, Le Funambule.

CF Ramuz, Paris (notes d’un Vaudois), Zoé

Chansons interlopes, coffret CD

En référence

Charles Dantzig et Personnages en personne sur Facebook : https://www.facebook.com/charles.dantzig

Instagram : cdantzig

Intervenants
  • Professeur de littérature à l'Université de Sorbonne Paris-Nord
L'équipe
Production
Réalisation
Coordination
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